Qu'est ce que le populisme ?

On parle de "populisme" à tort et à travers, parfois à raison. L'essai de Jan-Werner Müller arrive à point pour définir clairement la menace.

La ligne de démarcation entre populistes et démocrates est la prétention des premiers à représenter le peuple, tout le peuple. Dans son essai Qu’est ce que le populisme ? Jan-Werner Müller définit ainsi le mal politique qui se répand dans les démocraties jusqu’à contaminer la présidentielle française :  « le populisme est une conception de la politique tout à fait précise : les populistes considèrent que des élites immorales, corrompues et parasitaires viennent constamment s’opposer à un peuple envisagé comme homogène et moralement pur ». L’auteur étudie savamment ce qui unit et différencie Marine Le Pen, Donald Trump, Viktor Orbàn, Beppe Grillo.

Au centre du populisme il y a une construction politique et symbolique du peuple et une prétention à en porter le monopole de la représentation. Le « Nous sommes le peuple… » classe autoritairement les avis différents dans l’illégitimité. Pour J-W Müller, ce monopole de la représentation passe par une conception impérative du mandat électoral : « lorsque les populistes exigent un référendum, ce n’est pas dans le but de déclencher un processus de discussion ouvert entre électeurs, mais parce que les citoyens devraient à leurs yeux promptement entériner ce qu’eux, populistes, ont toujours reconnu comme étant l’authentique volonté populaire (laquelle, très perfidement, ne serait pas mise en œuvre par la faute d’élites illégitimes guidées par leurs seuls intérêts). Cette idée d’un mandat impératif explique aussi pourquoi les populistes concluent volontiers des « contrats » avec le peuple ». La mission de ce mandat impératif est prétendument dicté par la volonté du peuple « mais  dans la mesure où le peuple ne saurait s’exprimer d’une seule voix, de façon réellement cohérente, le besoin s’impose d’un acteur qui souffle au peuple ce que celui ci entendait dire. En effet, le politicien populiste se présente habituellement aussi comme simple porte-voix (masquant ainsi son rôle de très douteux interprète des idées et intérêts des citoyens) ». On comprend là que « l’esprit du peuple » des populistes s’oppose à la « volonté générale » exprimée dans une assemblée  où des élus de divers horizons font usage de leur propre faculté de jugement. Que la démocratie aspirant par définition à porter les intérêts multiples, légitimement pluriels, est réduite par les populistes à « un intérêt singulier prétendument objectif : celui d’un peuple envisagé comme une entité homogène. » Enfin, les populistes réduisent la politique et la représentation populaire aux institutions étatiques : tout doit être sous le contrôle de l’Etat, ce qui fait fi des initiatives – économiques, sociales, culturelles – s’affranchissant de l’Etat et où pourtant naissent les réponses aux défis de l’époque. L’essai de J-W Müller est à la fois une réflexion aussi salutaire que savante sur le populisme qu’un mode d’emploi pour y résister. La démocratie est toujours imparfaite, souvent incapable de tracer des frontières claires entre les intérêts des uns et des autres, car fondamentalement elle est faite pour tisser du lien social sur des buts communs. L’admettre, c’est reconnaître l’impossible victoire définitive sur l’Autre. C’est admettre une part de lui en soi. C’est grandir en liberté.

 Qu'est ce que le populisme ? Définir la menace, de Jan-Werner Müller - Editions Premier Parallèle-  188 pages, 18 euros -

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