Kanaky

Un enjeu géopolitique considérable

En 1988, les accords de Matignon conclurent quatre années d’affrontements violents entre pouvoir métropolitain et indépendantistes kanaks sur la base de la paix immédiate et la perspective d’une autodétermination. Dix ans plus tard, l’Accord de Nouméa signé entre le gouvernement français, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) et le Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) a ouvert la voie de l’émancipation politique de la Nouvelle-Calédonie et mit fin à son statut de territoire d’outre-mer. Cet accord a tracé le chemin d’une large autonomie, d’un transfert de pouvoir progressif et débouche ce dimanche 4 novembre sur le référendum qui décidera ou non de l'indépendance de l'archipel. Une décision lourde de sens pour tous les Néocalédoniens mais aussi pour sa répercussion sur la géopolitique régionale : cet archipel est une ambassade européenne voisinant en plein Pacifique avec les Etats-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, l’Australie, le Japon, l’Indonésie.

Vers un arc mélanésien ?

L’avenir de la Nouvelle-Calédonie concerne aussi tout le Pacifique Sud en ce sens que l’accession à l’indépendance de l’archipel français apporterait sa puissance économique et la touche finale, à un arc mélanésien constitué par les autres pays mélanésiens ayant accédé à l’indépendance entre 1975 et 1980. La Nouvelle-Calédonie pourrait donner alors le signal de la construction d’une fédération mélanésienne, d’une dynamique d’interdépendance entre micro-états. Elle ferait basculer leurs regards et leurs intérêts principaux vers leur développement commun plus que vers les métropoles des anciens pays colonisateurs. On assisterait alors à un bouleversement de la géopolitique et la géo-économie de toute la région. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler deux faits. D’une part, 90 % du commerce intercontinental se fait par mer et 70% de ce volume passe par le Pacifique. D’autre part, l’intérêt croissant porté aux richesses marines et sous-marines par les entreprises multinationales provoque un regain d’intérêt des états du Pacifique pour leur Zone économique exclusive (ZEE). Sous cette attraction centrifuge, le monde global des affaires est en train de changer de centre d’intérêts. Le grand bleu Pacifique revient à l’affiche avec des parrains et riverains encombrants : Etats-Unis, Chine, Grande-Bretagne, Australie, France, Japon, Indonésie. L’indépendance de la Nouvelle-Calédonie priverait la France des milliers de kilomètres de côtes calédoniennes et de leur ZEE qui font de la métropole la deuxième puissance maritime internationale. L’avènement d’un nouvel Etat kanak possesseur de milliers de kilomètres de côtes en ferait une puissance maritime pouvant jouer les trouble-fêtes chez les non moins puissants riverains. Cette hypothèse explique la ténacité de la France métropolitaine, depuis les accords de 1988, à user du temps et de tout ce qui est en son pouvoir pour détourner les Kanaks de l’aspiration à rejoindre le monde mélanésien. En cas de réponse négative, l’accord de Nouméa prévoit la possibilité d’organiser deux autres référendums d’autodétermination.

 

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