Le piège du binaire universel

Le 7 octobre est un acte terroriste qui suffit en soi à le condamner. Pour sortir d’une confusion intellectuelle alimentée par le bal de prises de positions embarrassées, particulièrement à gauche, par la nationalité palestinienne des terroristes, il est utile de préciser que c’est un acte terroriste islamiste d’une organisation menant une guerre religieuse – un djihad – et non une « guerre de libération ». Le Hamas est de la même veine que Daesh. Donc pas d’atermoiement sur ce qu’incarnerait de résistance palestinienne cette organisation qui liquide ses opposants politiques palestiniens, enferme les femmes dans la charia et condamne à mort les homosexuels.

Quelle réponse apporte-t-on logiquement à un acte terroriste ? On arrête les chefs de l’organisation pour les traduire en justice. Ceux qui gouvernent Gaza sont légitimement pourchassés militairement. Quid de ceux qui sont au Qatar et en Turquie ?  À quand un mandat de recherche international ?

Gaza n’est pas colonisé par Israël, c’est un territoire palestinien reconnu internationalement, portion d’un état en pointillé dont l’avènement est, de longue date, bloqué par les deux camps.  A contrario, la Cisjordanie, autre part d’un état palestinien en devenir, est en voie de colonisation israélienne.

À juste titre, il y a de quoi s’indigner des bombardements massifs de la bande de Gaza par Israël et s’inquiéter des propos de son ministre de la Défense déclarant, le 9 octobre, que son pays combattait « des animaux humains » et qu’il allait « tout éliminer à Gaza ». Israël surréagit en représailles c’est dans la logique d’un gouvernement qui se doit de protéger ses citoyens. Qu’a fait, que fait le Hamas, au pouvoir sur la bande de Gaza, pour protéger les Palestiniens ? La comparaison entre l’impact humain de l’acte terroriste et celui de la réponse militaire d’Israël est mal posée. Certes, il y a asymétrie dramatique de chiffres mais l’un est un acte terroriste contre des civils innocents, l’autre est la réponse militaire d’un état, ce qui philosophiquement, politiquement et juridiquement n’est pas la même chose. Pour rappel, durant la Seconde guerre mondiale, les bombardements alliés sur les villes allemandes (Hambourg, Dresde, Berlin) ont fait des dizaines de milliers de morts civils, celui de Tokyo plus de 100 000. La seule façon d’avancer c’est de parvenir à un cesser le feu sans conditions exorbitantes pour les deux parties.

Israël pouvait-il réagir autrement ? Peut-être… L’idéologie d’extrême-droite du gouvernement Netanyahou, l’a aveuglé et sa réponse militaire l’a précipité dans le piège tendu par le Hamas à Gaza. Piège militaire : après plus d’un mois d’offensive, la puissance de feu d’Israël n’a toujours pas permis de capturer l’état-major du Hamas, ni de libérer les otages. Piège de la violence aveugle impactant les civils. Piège d’un revirement de l’opinion internationale devant l’ampleur des « dégâts collatéraux » de la réplique israélienne à Gaza. Piège de la réactivation des nauséabondes mobilisations antisémites. Piège politique de l’impuissance occidentale à protéger la population civile palestinienne. La réponse militaire israélienne, oui, mais où est la réponse politique ?

Comment réagit-on à la réponse militaire disproportionnée d’un pays agressé ? C’est aux juristes internationaux de juger s’il y a génocide, crime contre l’humanité ou crimes de guerre. Ce qui n’empêche pas de manifester pour que cesse l’anéantissement du territoire et des habitants de Gaza par l’armée israélienne.

Répondre à l’acte terroriste du 7/10 était une priorité. Mais il y a instrumentalisation – dans tous les camps – à vouloir lier la réponse au terrorisme et la résolution du conflit israélo-palestinien. C’est un trait des idéologies totalitaires (chez Netanayou, chez nos crypto-marxistes), à vouloir mettre tout dans tout, à vous livrer l’universel en solution du particulier. À réduire le complexe jusqu’à la binarité. Celles et ceux qui jouent à inverser la nature de la cause de ce qui se passe aujourd’hui sur l’air de « si Israël avait fait autrement » diluent machiavéliquement l’inacceptable acte de barbarie du 7 octobre dans la minable cuisine dogmatique de leur vision du monde. Une vision d’un monde partagé entre les « bons » et les « méchants » qui réduirait le 7 octobre à un duel entre méchants. La nature des faits disjoint le Hamas de la cause palestinienne donc les deux questions ne se résolvent ni selon les mêmes règles, ni dans le même espace-temps.

On ignore si l’acte terroriste accélèrera la résolution du conflit ouvert en 1947 par le plan de partage de la Palestine mandataire britannique (elle-même issue du démembrement de l’empire ottoman par les empires coloniaux britanniques et français). Un acte de décolonisation sous l’autorité des Nations Unies qui acta de la légitimité d’Israël et de la Palestine. Du décolonial au sens strict mais l’aspiration palestinienne à un état n’est alors qu’en germe, à l’ombre des voisins arabes… convoitant un morceau de Palestine.

76 ans de de haines, de morts, d’appétits de pouvoir dans un mouchoir géographique de poche… Ce conflit du siècle passé en porte le triste parfum et s’attarde au XXIe : il prend, dans chaque camp, figure du nationalisme et son incarnation dans un état-nation. Valeurs périmées dont les thuriféraires font fi de la globalisation du monde avec son impact sur le rôle des états et sur l’exercice des contre-pouvoirs. Ce n’est pas d’y adjoindre le fondamentalisme religieux (juif, musulman) qui favorise une solution démocratique et si possible laïque.

 

 

 

 

 

 

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