Quand propagande rime avec économie

Une vidéo de plus, sur le calvaire des lapins, ce n’est pas un hasard, le calendrier de l’agitation-propagande de L214 colle avec l’appel à signer pour un référendum d’initiative partagée (RIP) contre la maltraitance animale, lancé en juillet dernier avec Xavier Niel (Free), Jacques-Antoine Granjon (Veepee), Marc Simoncini (Meetic) et le débat qui commence à l’Assemblée nationale. Nous sommes en face d’une stratégie de communication qui tente par l’émotion provoquée par les images d’injustifiable maltraitance animale d’arracher des signatures pour le RIP. Il s’agit de jouer sur l’horreur et l’urgence pour mobiliser l’opinion publique, et dans une vertigineuse abolition du temps, de faire signer pour des décisions politiques graves menant pas à pas à l’instauration d’un droit des animaux (!).Émotion n’est pas raison. La suppression du temps de réflexion, notamment ce temps qui permet la prise en compte des arguments contradictoires, permet l’amalgame entre des sujets – l’élevage, la chasse, le cirque, les zoos, l’expérimentation animale – dont les histoires, les structures, les buts, l’importance et les impacts sont différents. Les agitateurs les relient par « la souffrance animale ». Certes, cela peut être un trait commun mais ce n’est certainement pas par un trait de plume, ni même par une loi, que l’on va résoudre les problèmes. Amalgame et simplisme, donc. Mise en soumission de l’esprit.

Je m’alarme d’une telle dénaturation de la politique qu’est le fait de réclamer de légiférer pour quatre élevages de visons et une poignée de chasseurs à la glu ! (déjà dans le collimateur de l’Union européenne).

Quel bafouement de la démocratie que d’éviter de débattre sereinement de la nécessaire et urgente sortie de l’élevage industriel en préférant réclamer des interdictions. L’axe de l’impact climatique et environnemental de la production industrielle de viande serait beaucoup plus pertinent et structurant pour bâtir une politique publique d’extinction de ce mode de production. Politique qui accompagnerait les agriculteurs et les filières concernés et revivifierait nos territoires. Mais les auteurs de l’appel ne veulent pas sortir de la production industrielle de viande. Ils veulent, encore plus industriellement, plus monopolistiquement, y substituer la production de viandes artificielles via les biotechnologies, le génie tissulaire et l’intelligence artificielle. C’est la démarche d’un des signataires, Xavier Niel, qui via ses outils financiers investit aux États-Unis dans Motif Ingrédients et en France dans les Nouveaux Fermiers, deux start-ups de fausses viandes.

Nous avons donc à la manœuvre de cette agit-prop, des antispécistes alliés a des milliardaires du numérique. Les premiers sont porteurs d’une philosophie à tendance totalitaire qui veut imposer au monde entier l’élimination de la consommation de viande. On peut reconnaître l’efficacité de leur fable et de leur communication. Les seconds ont une vision du monde, celle sur laquelle ils ont bâti leur fortune : une vision d’algorithme, où la technique fait système salvateur à l’échelle planétaire. L’époque, par ses enjeux et défis écologiques, ne peut se contenter d’une telle approche binaire où la mise en équation de la réalité laisse trop souvent de côté l’essentiel. Elle est même plutôt dans cette sale situation à cause de cette vision binaire, tout ou rien, bien/mal, portée par le capitalisme, le communisme et les monothéismes. La transformation d’une réalité complexe passe d’abord par plus de débats avec les premiers concernés, organisés autour de références incontestables et de scientifiques. Elle passe ensuite par le courage politique des décisions à prendre à l’issue de ces débats. Là, c’est une qualité qui semble faire défaut à pas mal de gouvernants. C’est une autre histoire.

Gilles LUNEAU

Dernier ouvrage paru : Steak Barbare (édition de l’Aube, 2020)

 

 

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