Véganes contre démocratie locale

Pétitionner contre un ramassage scolaire par voiture à cheval, c'est le fait d'arme du moment des antispécistes, à Rouen. L'autre originalité inquiétante, c'est de mobiliser le monde entier pour remettre en cause la démocratie locale. 

A Rouen, le 19 décembre dernier, le conseil municipal a voté la subvention nécessaire (22 900,€) au ramassage scolaire en voiture à cheval dans le quartier Grieu. Ce projet a été proposé par les citoyens en 2018. Réduction des émissions de CO2, relation à l’animal, initiation à un autre rapport au temps, entretien d’un pâturage, crottin pour la fumure, dialogue avec le cocher, voilà une initiative qui s’inscrit dans une pédagogie de l’écologie joyeuse et assumée. C’est sans compter sur les ravages de l’idéologie de l’éthique animale et de l’antispécisme. Deux petits fantassins de ce salmigondis philosophico-mièvre ont lancé une pétition pour annuler cette initiative, au nom de la lutte contre l’exploitation des « animaux non humains ». Pétition lancée aux vents mauvais des réseaux sociaux. Plus de 32 000 signatures ! On ignore combien sont des rouennais et des parents d’élèves du quartier Grieu. La pétition est chapeautée par la photo (non signée) d’un cheval couché sur le flanc, parmi la circulation routière. On ne sait ni où, ni pourquoi, ni quand. Ni si le cheval est victime d’un accident ou d’un malaise. Ou s’il est mort ou vivant. De toute façon, ça ne se passe pas à Rouen vu que l’affaire est prévue pour septembre 2020. Cette manipulation est grossière mais habituelle chez ces militants plus prompts à jouer de l’émotion que de la raison.

Nous voilà en face d’une double dérive obscurantiste illustrant l’époque. D’une part, n’importe quel bas de plafond de n’importe quel coin du monde va se mêler d’une décision de la démocratie locale ! La mobilisation sans frontière, globale, sert alors à remettre en cause la démocratie participative. D’autre part, on tente par l’émotion – avec un document qui flirt avec le faux - de gouverner nos vies. Gardons l’espoir dans les chevaux qui d’un bon coup de sabot remettront à leur place les « libérateurs » qui s’aventureront à se mêler de leur picotin.

 

Illustration: MM©

 

 

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