Trop facile de ne rien voir

C’est facile de ne rien voir ou de tout confondre. La vérité et le mensonge. L’économie et le social. L’identité et le nationalisme. La Droite et la Gauche. L’écologie et le greenwashing. Le légitime et le légal. Les fachos et les autres. C’est facile de vivre au présent en ne voyant pas plus loin que le bout de son nez, avec une haute idée de soi-même… mais aucune sur la vie en société. Faire société, c’est tous les jours. Tous les jours selon la propension de chacun à s’intéresser à l’Autre, à s’engager dans la vie associative, syndicale, politique voire carrément alternative. A tisser du lien. Ce sont aussi des règles qui, en général, découlent des résultats de ce que l’on a voté. Le vote fige pour le temps d’une mandature les rapports de force entre opinions différentes. Ensuite, seulement ensuite, viennent les incertitudes, aléas, bonnes ou mauvaises surprises sur les capacités des élus à être à hauteur de leur  mandat. On peut rejeter un élu, pas la démocratie.

L’Europe, pour toutes celles et ceux nés après la Seconde guerre mondiale, c’est notre maison. Bâtie sur l’intelligence et le respect pour rompre avec l’idiotie et la haine qui avaient conduit à deux guerres mondiales.

L’Europe nous a vendus à la mondialisation économique et financière ? Oui, en partie ! À qui la faute ? Qui a voté pour qui lors des scrutins européens  et nationaux précédents  ?

Certains critiquent, à juste titre, l’Europe de la finance, des délocalisations, du libre-échange, du moins disant social. Pour autant, le repli sur soi ou sur une nation fantasmée n’est en aucun cas une solution. Rompre les liens fondamentaux tissés  au niveau européen nous plongerait dans le marigot des égoïsmes nationaux, c’est à dire multiplierait les compétitions alors qu’il faut aller vers plus de coopération. On voit déjà poindre la haine, celle du « Migrant » d’aujourd’hui  résonne dramatiquement en écho fantôme de celles du Polak, du Boche, du Rital, du Juif, de l’Algérien.

D’autres se fichent de la bataille pour le climat et la biodiversité. Elle dépasse les clivages politiques traditionnels et devrait au contraire mobiliser une sorte d’union sacrée. L’avenir climatique et écologique est sombre pour l’humanité. L’échelle de ce combat est planétaire. Le poids de l’Europe est décisif. Le petit geste local ne suffit pas. Redresser la barre va demander tant de ruptures avec nos habitudes, tant d’efforts, et créer tant de nouvelles inégalités, que ce défi doit impérativement être relevé avec un objectif de réduction de la pauvreté et des inégalités. Sinon, avec ou sans Europe, ce sera la guerre civile pour l’accès aux ressources naturelles.

Quand on se penche sur les 34 listes ( !) qui briguent nos suffrages aux européennes… On fait vite le tri.

Il y a toutes celles et tous ceux qui étaient là avant et n’ont rien fait pour la planète, la réduction des inégalités, la paix (il faudrait parler des ventes d’armes et du bilan carbone des guerres).  Celles et ceux qui ont signés les traités de libre-échange. Celles et ceux qui se découvrent un soudain penchant vert voire jaune, genre à repeindre le drapeau de l’égoïsme sans rien remettre en cause. Celles et ceux qui disent blanc à Paris et votent noir à Bruxelles. Cela fait déjà pas mal de monde à rayer de la liste.

Au final, il reste trois listes dont la vision du monde passe d’abord par le filtre de ce qui est écologiquement et socialement compatible ou non.

 

 

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