Kerguéhennec
Tal Coat, Barre dans le jaune, 1970, huile sur toile

Un été nature

L’ouverture de l’exposition permanente Tal Coat (1905-1985), attendue depuis la création du fond Tal Coat au domaine de Kerguéhennec, donne enfin un lieu où le public va pouvoir (re)découvrir l’œuvre de ce peintre majeur du XXe siècle. Toujours à Kerguéhennec, Flora Maxima, l’exposition estivale, offre douze échos à l’écrin de nature morbihannais. Deux célébrations de la nature.

Le printemps 2019 avait fait éclore une superbe exposition Tal Coat au musée de Pont-Aven (Finistère). Temporaire, l’exposition se mêlait à l’esprit du lieu où se livre au public la révolution artistique lancée par Paul Gauguin et Emile Bernard à la fin du XIXe. L’été fait s’épanouir la magnifique exposition permanente des œuvres de Tal Coat au Domaine départemental de Kerguéhennec (Morbihan). Les toiles présentées ont été puisées dans les 1200 œuvres de Tal Coat dont ce centre d’art contemporain a fait l’acquisition, sous la houlette attentionnée de Olivier Delavallade, commissaire de l’exposition et directeur de Kerguéhennec. La récompense de dix ans de travail opiniâtre  voire de combat administratif et politique – pour constituer ce fond exceptionnel qui, outre les toiles majeures de chaque période du peintre, compte 400 gravures et 500 dessins.

La nature comme cohérence intime

  

Tal Coat, huiles sur toile,  à g. Matin, 1978-79; à dr. Silex perdus, 1959

Tal Coat est un peintre perpétuellement sous tension de la nature. Sous tension du vivant et de ses traces. Silex, terre, végétaux, eau, ciel … la nature le convoque en urgence et il s’en fait le messager avec des fulgurances troublantes. Des premières oeuvres figuratives telles les Raies (1927) aux dernières tel le Matin (1979), la nature est là, en couleurs, en matières, en puissance tellurique jusque dans le plus modeste des reliefs d’une toile, dans la plus ténue des ponctuations du couteau dans la pâte. Tal Coat s’agaçait du caractère abstrait que certains critiques conféraient à ses œuvres à partir des années 50. Abstraction apparente en ce qu’elles étaient toutes inspirées par ses émotions visuelles, par ce qu’il traduisait et voulait partager de sa perception du monde qui l’entourait, en Bretagne, à Paris, en Provence, en Normandie. Les paysages qui l’entourent trouvent en Tal Coat un miroir. La nature est sa ligne de cohérence. Cette cohérence affine les outils de son talent et lui donne la force d’éclairer l’écho intime que fait naître la nature en lui. La force éclatante de ses dernières toiles puise dans un dépouillement qui relève de la mise à nue. Les 400 m2 du premier étage du château de Kerguéhennec, la pédagogie de l’exposition pensée par Olivier Delavallade, la scénographie d’Eric Morin, la mise en couleur de Jean-Christophe Besse, l’éclairage de Vyara Stefanova et au-delà, l’écrin du domaine, devraient assurer à Tal Coat le rayonnement qu’il mérite.

 

Un entêtement naturel

photo DR©️

Pierre Louis Corentin Jacob est né le 12 décembre 1905 à Clohars-Carnoët (Finistère), dans une famille de marins-pêcheurs-paysans. Très tôt, il dessine, taille le bois, modèle la terre. Son père meurt en 1915 sur le front d’Argonne. À 13 ans, il commence un apprentissage de forgeron. Grâce à une bourse attribuée aux pupilles de la Nation, il entre à l’école primaire supérieure de Quimperlé et devient, en 1923, clerc de notaire à Arzano (Finistère). L’année suivante, il travaille comme mouleur et peintre-céramiste à la faïencerie Henriot, à Quimper. Durant ces années, il croise des artistes venus à Pont-Aven et ses alentours dans le sillage de Gauguin (de 1886 à 1894 à Pont-Aven) et des Nabis.

Malgré l’opposition de sa mère, il quitte la Bretagne pour Paris en 1924. Il travaille à la manufacture de Sèvres et comme modèle à l’Académie de la Grande Chaumière. Il continue sa formation d’artiste autodidacte au Louvre, où il étudie l’art des grands maîtres des écoles françaises et italiennes du XVIe, ce qui influencera son approche de l’espace. Henri Bénézit, jeune collaborateur puis directeur de la galerie Fabre, est séduit par ses dessins et pastels. Il lui organise sa première exposition personnelle en 1926. A cette occasion Pierre Jacob choisit le nom de Tal Coat ("front de bois" en breton), afin d’éviter la confusion avec le poète et peintre Max Jacob. Et affirmer son origine bretonne. Reconnu, il continue de travailler sans relâche et expose à Paris, Londres, New York, Berlin, Tokyo, dessine et grave, illustre des livres (estampes et livres édité par Françoise Simecek). On consultera avec plaisir le catalogue raisonné des estampes dressé par Françoise Simecek etRainer Michael Mason.  Il installe successivement son atelier à Montparnasse, en Provence, dans l’Essonne puis dans l’Eure où il acquiert la Chartreuse de Dormont.  Il y travaille jusqu’à sa mort en 1985. En 2006, l’incendie de son atelier fait disparaître un millier de peintures et de dessins.

 

Flora Maxima

      

Marie-Claude Bugeaud            Bernard Joubert                      Sylvain Le Corre
Sans dessus dessous, 1999     Encyclopédie florale, 2012     Extrait n°2/Arbre mort n°1 2017-19

Le titre de l’exposition temporaire, Flora Maxima, suffit à résumer la matière de l’exposition. Pour fleurir l’été de Kerguéhennec, Olivier Delavallade a invité douze artistes à exposer leur flore : Janos Ber, Marie-Claude Bugeaud, Damien Cabanes, Christine Crozat, Marine Joatton, Bernard Joubert, Sylvain Le Corre, Manuela Marques, Charles Maussion, Bernard Moninot, Josef Nadj, Anne Tastemain. C’est frais, gai, enchanteur. On en repart un bouquet au cœur.

 

Les deux catalogues méritent un détour par la boutique du Domaine. Ils sont de belle facture et à prix modique.

Tal Coat, carnet de visite : avec un bon texte tricotant la biographie du peintre et la pédagogie grand public de son œuvre. (68 pages -10€)

Flora Maxima, carnet d’exposition avec un beau texte – Au risque du floral   de Stéphanie Katz. 68 pages, 15€

 

Kerguéhennec, chapelle de la Trinité, étape de L'art dans les chapelles: Le troisième jour, dessin de Marc Couturier, 2018

 Photographies de Paol Gorneg/Skeudennou ©

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