Mémoire courte

Les partis d’extrême-droite, de droite et les libéraux ont la mémoire courte. On les voit courir manifestations agricoles et micros pour crier, plus fort, que les manifestants que l’Europe et les écologistes sont la source de tous leurs maux. Pourtant, la vérification de leurs votes au parlement européen confirme que sans exception, ils ont voté les règles qu’aujourd’hui le peuple de la terre conteste.

D'un bout à l'autre de l'Europe, les paysans se mobilisent pour leur revenu et ils ont raison. Depuis 1962, l'article 39 du Traité fondateur de l'Union européenne (Traité de Rome) stipule que "la PAC doit assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, notamment par le relèvement du revenu individuel de ceux qui travaillent dans l'agriculture." Cette promesse n'a jamais été tenue.

En France, l'application de la PAC en 1992, en préalable à la signature des accords de l'OMC, a figé les inégalités entre les régions et entre les agriculteurs. Les éleveurs du Volvestre en Haute-Garonne avaient trois bonnes raisons de se mobiliser. La première, parce que leurs parents ont été pénalisés il y a trente ans et les gouvernements successifs n'ont rectifié le tir que très timidement. La deuxième, en tant qu'éleveurs ils continuent à être moins soutenus par la PAC que les céréaliers. Enfin, ils sont dans des zones de montagne où le travail est plus difficile et plus coûteux.

Cette mobilisation porte une profonde colère contre une injustice qui perdure et qui s'ancre dans le paysage rural en France comme dans le reste de l'Europe. Pour autant, les soutiens ne sont pas à chercher du côté de la droite ou du Rassemblement national, preuve en est dans leurs votes au Parlement européen.

Souteneurs de l’agriculture industrielle

Le Rassemblement national et ses consorts européens, la droite et les libéraux ont la mémoire courte. Les députés européens d'extrême-droite, de droite, ainsi que les libéraux et la plupart des socialistes ont voté en novembre 2021 la PAC en vigueur aujourd’hui, proposée par la Commission européenne et les chefs d'états et de gouvernement de l’UE. Ainsi, les Républicains ont voté « pour » avec le Parti populaire européen (PPE) ; les Libéraux d'En Marche ont voté « pour » avec Renew Europe (RE) ; le Rassemblement national a voté « pour » avec Identité et Démocratie ; la majorité des socialistes a voté « pour » avec l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D), à l'exception des socialistes français qui ont voté « contre ». Le résultat du vote du Parlement européen ne prêtait pas à controverse. 452 voix pour la PAC, 178 Contre et 57 abstentions.

Courage politique

Le seul groupe européen à s'être opposé farouchement à cette réforme de la PAC a été le groupe Alliance libre européenne (Verts/ALE) qui regroupe les écologistes dont les Verts français. Les écologistes, quelle que soit leur pays ont voté contre la PAC. La principale raison du refus des écologistes était que le versement des aides européennes n'est pas plafonné. Les sommes versées aux exploitations agricoles sont liées à la surface. Les grandes exploitations agricoles continuent de toucher des centaines de milliers d'euros voire des millions dans les anciens pays de l'Europe centrale et Orientale (Pologne, Roumanie, Tchéquie, Bulgarie, Est de l'Allemagne). Cette manne qui tombe tous les ans leur permet de s'agrandir aux dépens de leurs voisins. En espérant la prochaine réforme ou ils toucheront encore plus d'argent public tout en vociférant contre les impôts.

La seconde raison des Verts était le démantèlement des outils de régulations de marchés agricoles qui auraient permis de contrôler les volumes produits et par conséquent les prix des matières premières.

La troisième était le refus de valider le système mondial des échanges agricoles mis en place par l'organisation du Commerce et les accords bilatéraux de libre-échange qui ont poursuivi la libéralisation planétaire et les importations à bas-coûts et qui percutent la PAC.

La quatrième raison des Verts était que les mesures permettant de lutter contre le réchauffement climatique et l'effondrement de la biodiversité n'étaient pas à la hauteur des enjeux. Les canicules, les sécheresses récurrentes, les tempêtes, les inondations et la baisse des rendements prouvent clairement que le climat se dérègle et qu'il faut rapidement changer de modèle agronomique pour aller vers une agriculture plus résiliente et moins émettrice de gaz à effet de serre.

Ces constats et cette position ont été partagés par les députés de la Gauche Unifiée Européenne (GUE) et par les socialistes français.

Dans ces conditions il est surprenant de voir des agriculteurs, dont la colère et le découragement sont compréhensibles, rendre les écologistes européens responsables de leurs difficultés. 

 

 

 

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