Automobile

La fin du mythe

L'automobile concentre un paquet de symboles. Longtemps, elle a affiché celui de la réussite individuelle, souvent doublé d’un machisme affirmé. La belle auto était une preuve d’ascension sociale, de progrès. Qui aujourd’hui peut témoigner de l’ascension sociale au volant d’une « petite citadine » aussi moche que toutes les autres ? Les 4 millions de chômeuses et chômeurs ? Les 8,6 millions de pauvres recensés par l’INSEE ?

L’automobile était aussi un symbole de la liberté de se mouvoir où l’on veut, quand on veut. Elle prolongeait la trajectoire des bicyclettes de 1936. Elle faisait croire à son conducteur qu’il pouvait échapper aux contingences du quotidien alors qu’elle le précipitait à grande vitesse dans la société de consommation. Vitesse et liberté, quelle tromperie ! La vitesse tant chérie a métastasé les activités humaines les unes après les autres, jusqu’à minuter les temps pour uriner, manger et même lire sur internet. Jusqu’à anéantir le temps pour ne rien faire. Jusqu’à culpabiliser l’enfant qui s’abandonne à la rêverie au lieu de « s’occuper », de préférence avec un écran. Bon sang d’écrans ! Les jeunes de 18 ans pensent plus à leur nouvel androïd qu’à passer le permis de conduire. Finie l’aspiration à l’indépendance via l’auto.

Revenons sur le machisme automobile et la drague. Modeste ou puissante, l’auto devait séduire par sa mécanique, ses performances. On l’aimait salie par un rallye ou  profilée pour la vitesse. Il y a bien quelques cas pathétiques de crétins en 4x4 racoleurs, bourrés de gadgets, pour tenter leur chance mais franchement, quel-le jeune oserait aujourd’hui prétendre séduire avec une auto ?

L’auto donnait à son ou sa propriétaire le sentiment d’avoir du pouvoir sur sa vie, sur l’espace, sur la machine. Qui peut croire aujourd’hui que la possession d’une auto lui donne du pouvoir sur sa vie ? Au contraire, la privation véhicule montre la gravité de la dépendance à son égard. Dans les années Soixante, on allait travailler à pied, en vélo, en transport en commun. L’auto quittait son garage le dimanche ou pour les vacances. L’éloignement programmé par les urbanistes du domicile et du travail a fait rouler l’auto tous les jours. Une mine d’or pour les industriels de la filière (voiture, pneus, carburant, infrastructures routières etc). Une prison budgétaire pour les possesseurs de l’engin. Du pouvoir sur la machine ? Avec l’intelligence artificielle, c’est la voiture qui dicte à l’automobiliste ce qu’il doit faire ! Du pouvoir sur l’espace ? Les kilomètres et les heures d’embouteillages quotidiens répètent à en devenir fou que l’espace routier est un bagne dont personne ne s’échappe.

L’automobile symbolisait aussi l'élan vers le grand air. Elle est aujourd’hui la cause – avec les autres modes de transports à moteur thermique – d'1/4 des émissions de gaz à effet de serre  qui réchauffent le climat et de centaines de milliers de décès prématurés par pollution de l'air. Qui veut encore décapoter ?

L’automobile, cet objet de désir, ce concentré de symboles des Trente Glorieuses sombre avec les mensonges peu glorieux du productivisme (libéral ou d’Etat), sur l’avenir radieux que réserverait la déesse Technique à l’humanité.  

 

 

 

 

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