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L'art sans domicile fixe

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » répliquait Rodrigue au Comte (Le Cid, acte II scène 2 - Pierre Corneille) : la réplique vaut maxime envers Claire Catelas quand on découvre son travail photographique sur les Migrants. La majuscule s’impose par respect pour ces femmes, hommes et enfants « dont les médias occidentaux véhiculent une image qui a tendance à enlever l’humanité de chacun, rendant leur vie pertinente uniquement de part leur statut de migrants » confie-t-elle pour expliquer sa démarche. Cette dernière se résume difficilement aux trois mois de rencontres et d’échanges avec les réfugiés et migrants hantant les trottoirs de la Porte de La Chapelle, à Paris, la faim et la peur au ventre. Leurs regards adressent à la photographe le message de leur détresse. Ils lui accordent cette intimité car Claire Catelas a su se faire ouvrir leur cercle de dignité. Par son naturel, par son respect envers autrui, par des gestes simples – l’offrande d’un pain, d’un jeu de cartes, d’un ballon. L’ouverture est dans les deux sens.

C’est le premier grand travail photographique de Claire Catelas, son dossier de master2. Elle a plaidé auprès des Migrants sa démarche artistique. Elle a osé l’art face et avec des personnes dont on imagine aisément qu’elles ont d’autres priorités. Elle a aussi assumé l’art au-delà du constat de l’indigence de l’accueil public français. Une leçon.

Cette leçon est donnée par une jeune artiste qui, bac en poche, a filé étudier les Beaux-arts à Fayette (Iowa, Etats-Unis) puis San Francisco pour tâter de la direction artistique, compléter à Pennighen (Paris) par une licence d’Arts graphiques suivie d’un master avec stage à Bogota et le master2 en 2017, couronné d’une mention « excellent ». Corneille avait raison. G.L.

 

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Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL