"C'est des Français qui m'ont arrêté"

"C'est des Français qui m'ont arrêté"  tient à préciser Julien Lauprêtre, 91 ans, ancien résistant, emprisonné avec des membres du Groupe Manouchian. Pour l'actuel président du Secours Populaire, il est plus important que jamais de rappeler que la France doit une partie de ses heures sombres pendant la Seconde guerre mondiale à la collaboration des institutions du pays - dont la police, la gendarmerie et la justice - avec l'occupant nazi.

 

Le Groupe Manouchian

Durant la Seconde guerre mondiale, à Paris et sa région, la résistance communiste (Francs-tireurs et partisans) créa, en mars 1942, un réseau spécifique « Main-d’œuvre immigrée », les FTP-MOI. A partir d’août 1942, le réseau, composé de 22  hommes et une femme, était dirigé par Missak Manouchian, un Arménien, rescapé du génocide de 1915-1916 en Turquie. Vingt des membres du groupe étaient des immigrés : des Espagnols rescapés de la guerre contre le dictateur Franco, des Italiens résistant au fascisme de Mussolini, des Arméniens et des Juifs polonais et hongrois ayant échappés à la rafle du Vel'd'Hiv de juillet 1942 et une Roumaine. Le groupe multiplia les actions contre l’armée allemande (sabotages, déraillements, attentats), dont la plus retentissante fut l'assassinat, le 28 septembre 1943, du général SS Julius Ritter, commandant le Service du Travail Obligatoire (STO), responsable de l'envoi en Allemagne de centaines de milliers de jeunes travailleurs français. Le groupe Manouchian fut arrêté en novembre 1943. D'après les archives russes, françaises et allemandes, la chute du réseau fut le fruit du travail de la seule police française. Parmi les deux branches? créées par les Renseignements généraux, la Brigade spéciale BS 2 fit un travail de filatures pendant des mois. Tous les membres du groupe Manouchian furent condamnés à mort le 21 février 1944. Les 22 hommes furent fusillés le même jour au fort du Mont-Valérien ; Olga Bancic, la seule femme du groupe, fut envoyée à Stuttgart pour y être décapitée le 10 mai 1944, la Wehrmacht interdisant de fusiller les femmes. (source : revue Hérodote ).

L'affiche rouge

Le jour de leur exécution, le service de propagande allemande en France diffusa une affiche rouge portant en un triangle agressif, les (mauvaises) photographies en noir et blanc de dix des membres du groupe Manouchian, présentés comme des criminels. Elle stigmatisait les Résistants par leur nom à consonance étrangère et leur « armée du crime ». Il y eût aussi des tracts portant l’affiche rouge et au dos un texte raciste et antisémite dénonçant « l’anti-France », assimilant la Résistance au banditisme et au «rêve mondial du sadisme juif ».

L’arrestation du groupe, l’Affiche rouge et la dernière lettre de prison de Missak Manouchian à sa femme, Mélinée, inspirèrent au poète Louis Aragon le poème Strophes pour se souvenir? paru en 1955 dans l’Humanité (publié in Le Roman inachevé, Gallimard, 1956), mis en musique et chanté par de nombreux artistes, à commencer par Léo Ferré en 1959. Paul Eluard, le premier, rendit hommage au groupe MOI dans son poème  Légion en 1949 (publié in Hommages, 1950).

 

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