Tout en haut du ciel

Existe-t-il des êtres humains qui n’aient jamais levé les yeux vers le ciel ? Qui n’aient jamais envié son vol à l’oiseau ne serait ce qu’un instant ? Qui - au spectacle d’un ballet de nuages, à celui de l’insondable pureté lumineuse de l’azur, à la contemplation d’un ciel d’été étoilé - ne se sont  jamais interrogés sur l’origine du monde, sur celle du temps, sur la trajectoire du temps et de l’espace ? Sur la place et le devenir de l’être humain dans la galaxie et au-delà de notre galaxie sur la soupe en expansion des galaxies ? Chacun, chacune, dans toutes les cultures et civilisations, a été traversé par cette interrogation.

Le troublant rapprochement intellectuel de l’énigmatique beauté du ciel et de l’infini de sa nature, a perturbé, inquiété voire apeuré, beaucoup d’êtres humains. Certains (toujours des hommes) se sont rassurés en inventant des religions ou des idéologies (ce qui relève de la même anxiété ontologique). D’autres, plus rares, transcendés par cette interrogation céleste, en ont saisi la dimension spatiale et ont laissé libre cours à leur inextinguible envie d’aller chercher là haut, d’autres points de vue sur le monde, à défaut de réponse. La quête de sens a toujours quelque chose d’aérien. 

La démarche des héros de ce roman participe de cette élévation générale physique, intellectuelle, spirituelle. Tout en haut du ciel débute comme une plaisante chronique d’enfance rurale faite de joies simples, d’émotions empreintes d’innocence, de complicités entre deux gamins. De blessures aussi, dont les cicatrices vont balafrer l’avenir. Nous sommes au coeur des Trente Glorieuses, sous le regard des enfants la campagne bat encore au pouls de la nature. Elle est tout à la fois un terrain d’aventures, une source d’imaginaire, une base de repli où l’on se déleste des pressions citadines. Un espace où l’on grandit normalement, entre lois de la nature et interdictions parentales. Où l’on grandit et s’épanouit dehors, les pieds dans l’herbe mouillée, les mollets signés par les ronces et le nez en l’air. On devine dans le récit des traces autobiographiques et l’habileté du conteur est de s’en servir de carburant pour s’envoler ailleurs. Un ailleurs en altitude, avec une femme aux commandes d’un Jodel. Elle partage avec le lecteur la griserie du vol et la perspective historique des championnes de l’aviation. Le récit tricote les décollages et les atterrissages, physiques et figurés. Mais il n’y aurait pas de roman de la jeunesse sans insouciance brisée sur terre comme au ciel. On tourne alors les pages avec les précautions et attentions d’un élève pilote…bientôt rattrapé par la cruelle réalité de la condition humaine.

Tout en haut du ciel de Michel Luneau –  Saint Honoré éditions, 310 pages, 18,90 €

 

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Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL