Parlons de Berroyer

Sous une superbe couverture dessinée par Philippe Honoré (assassiné le 7 janvier 2015), Parlons peu, parlons de moi de Jackie Berroyer regroupe des chroniques musicales qu’il a publié dans le magazine suisse Vibrations, dans Fluide glacial et dans Siné Mensuel. Rencontre avec l’auteur qui se considère comme un écriveur tout terrain.

Commentées, distanciées, ces chroniques forment un carnet de bord où l’auteur note ses plaisirs musicaux et littéraires, ses histoires d’amours, ses problèmes d’argent et ses souvenirs avec des amis dont la plupart ont cassé leur pipe…

« Mes chroniques, c’est un éparpillement substantiel, une manière de faire qui n’est pas du tout calculée. Je circule où le vent me pousse un peu comme le bouchon au fil de l’eau. » 

Au gré des pages, on se laisse porter et l’on partage les goûts d’un homme à la culture éclectique et ébouriffante.

Côté jazz, on voit passer et repasser Miles Davis, sa référence, un peu son gag à répétition. Côté rock, il apprécie le surréalisme décalé de Captain Beefheart et conseille d’écouter d’urgence son album « Bat Chain Puller ». Ce guitariste chevronné aux riffs détonants a été un compagnon de route de Frank Zappa. Au détour d’une chronique, il évoque la mort de John Lee Hooker. « J’ai ressorti tous ses vinyles en hommage. En général, j’écoute toujours mon ou mes morts de la semaine. Des morts qui ont compté pour moi de leur vivant. »

Jackie Berroyer écrit sur la musique et il en joue aussi sur une guitare Rickenbacker pour le plaisir. « En ce moment, j’apprends la manière de faire du bluesman Albert King et je suis à fond avec lui. »

Question lecture, il apprécie les ouvrages qui le font phosphorer. Il mise gros sur Emmanuel Levinas, recommande l’Apocalyse de David Herbert Lawrence et les pensées d’Uriel Da Costa, un philosophe portugais du XVII ème exécuté car il n’était pas dans le dogme. La lecture le met en joie. « On peut avoir la joie de l’esprit comme la joie du corps quand on fait du sport. Quand j’étais petit, j’ai entendu un philosophe dire : Ce n’est pas à moi à vulgariser, ce sont aux autres à faire des efforts. » Les efforts intellectuels, c’est sa gymnastique personnelle. Son dernier plaisir est « René Char en ses poèmes » de Paul Veyne. Pour lui, la poésie est une nécessité.

Dans Parlons peu, parlons de moi, il y a une belle brochette de personnalités avec lesquels Jackie Berroyer a fait un bout de chemin. Le professeur Choron, Reiser, Siné, Wolinsky. La bande d’Hara Kiri et de Charlie Hebdo de la grande époque. On retrouve aussi Michel Serrault, Jean Carmet, Maurice Pialat avec lesquels il a fait l’acteur. Tous ont disparu.

« Mes amis tombent autour de moi, ça ne me rassure pas. J’apprends à ralentir mon rythme en vieillissant et j’accorde plus d’attention aux gens, aux choses. »

Avec l’échéance électorale qui arrive, Jackie Berroyer trouve le monde de plus en plus fou. « On vient de rentrer dans une phase où tout se complique, tout se mélange comme de la poudre. Les gens qui vont voter pour les fachos oublient l’histoire. Ils ne comprennent pas. Je ne leur en veux pas. »

Le dernier Berroyer ne se lit pas d’une traite. C’est un livre de chevet. Il est goûteux. On le goûte et on y retourne.

Parlons peu, parlons de moi de Jackie Berroyer. Edition le Dilettante, 287 pages, 20 euros

 

 

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