Culture
Le racisme en questions

« Nous et les Autres »

Pour sa première exposition temporaire, "Nous et les Autres", le Musée de l'Homme aborde scientifiquement une fabrication sociale : le racisme. L'exposition fait la pédagogie des mécanismes qui conduisent au racisme. Une bien belle exposition où chacun en apprend sur soi et sur sa relation à la différence.

Interview d'Evelyne Heyer, commissaire de l'exposition 

Cette première exposition temporaire du Musée de l’Homme, qui renoue avec sa tradition humaniste développant l’égalité entre tous les hommes, s’est montée par nécessité. « Depuis dix - vingt ans, les sciences ont beaucoup avancé sur les questions de racisme, mais les travaux n’ont pas vraiment infusé auprès du grand public » précise Evelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique du Muséum d’Histoire Naturelle et commissaire de l’exposition. « L'exposition vise à faire comprendre clairement d'où vient le racisme. Notre démarche n’est pas moralisatrice. On s'est mis dans une position de scientifiques, pas dans une position de donneurs de leçon. »

La scénographie de l’exposition, signée ­par l’Atelier Confino, nous plonge dans un parcours initiatique. Dès la première partie de l’exposition, « Moi et les autres », nous nous retrouvons en situation immersive dans la salle d’embarquement d’un aéroport. « C’est un non-lieu pour expliquer la psychologie sociale et les ressorts de notre cerveau qui peuvent mener jusqu’au racisme.  Racisme qui passe par trois étapes, la catégorisation, l’essentialisation et la hiérarchisation » explique Evelyne Heyer. La catégorisation est un processus cognitif naturel et universel qui permet de « ranger les gens dans des boîtes » (hommes, femmes, bobos, jeunes de banlieue, blancs, noirs...). Cette mécanique peut mener rapidement à l'essentialisation, qui réduit une personne à l'une de ses caractéristiques, et constitue de facto un terrain fertile au développement des préjugés et stéréotypes. Conduisant à l'ultime étape : la hiérarchisation, à savoir le traitement inégalitaire des individus (ou des groupes) différents de soi (ou de son groupe). « Il suffit de peu de choses pour entrainer des discriminations, car l’on préfère son groupe par rapport aux autres. » 

La seconde partie de l’exposition, « Race et histoire », présente les mécanismes de l'institutionnalisation du racisme par l'Etat. Une salle retrace l’impérialisme et le colonialisme français, notamment en Afrique, depuis la traite esclavagiste aux discours officiels de la colonisation qui contaminèrent les publications scientifiques comme la classification des espèces de Buffon ou l’Essai sur l’inégalité des races humaines d’Arthur Gobineau qui inspirera l’idéologie nazie. Cette vision coloniale et raciste pénétra aussi la loi française avec le Code Noir, les manuels scolaires avec « Le Tour de la France par deux enfants » présentant les quatre races dont la blanche comme étant « la plus parfaite des races humaines » et l’imagerie populaire avec l’incontournable "Banania". « C’est la part d’ombre de cette histoire qui a mené à la ségrégation et au racisme. La France a eu dans son histoire une politique raciste. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais on ne peut pas nier l’histoire. » Trois autres exemples de racisme institutionnel sont présentés. La ségrégation raciale aux Etats-Unis, la montée du nazisme en Allemagne qui a abouti à la mise en place de la "solution finale" et l'indépendance du Rwanda, où la hiérarchisation des ethnies mise en place par l’administration coloniale belge, a troublé une société aux relations fluides pour aboutir, en 1994, au génocide des Tutsis.

La troisième partie présente un état des lieux des récentes découvertes de la recherche en génétique qui pointent l’inefficience de la notion de race pour expliquer la diversité humaine. Nous appartenons tous à la même espèce Homo sapiens. Dans le domaine des sciences sociales, les recherches sur les comportements racistes dans la société française sont nombreuses et des résultats peuvent remettre en question certains discours politiques qui prônent la peur du communautarisme. Alors que 93 % des enfants d’immigrés se sentent français, 24 % d’entre eux sont convaincus de ne pas être perçus comme tels. 65 % des enfants d’immigrés, hommes ou femmes, ont formé un couple avec une personne de la population majoritaire.

Nous et les autres, des préjugés au racisme, jusqu'au 08 janvier 2018, Musée de l'Homme

17 place du Trocadéro 75016 Paris

Horaires: 10h-18h sauf le mardi

Tarifs : 12€, 10€ tarif réduit, gratuit -18 ans

 

 

 

Fichier attachéTaille
le_racisme_et_lhistoire.pdf211.77 Ko

Cet article – texte, dessin, photographie ou infographie - vous a plu par les informations qu’il contient, par l’éclairage qu’il apporte, par la réflexion ou l’inconfort intellectuel qu’il provoque, par sa liberté de ton, par le sourire qu’il fait monter à vos lèvres… SOUTENEZ NOUS ! Il n’est de presse libre sans indépendance financière. GLOBAL est une association de journalistes sans but lucratif, sans publicité, qui ne vit que des abonnements et dons de ses lecteurs, lectrices. Pour s’abonner et soutenir c’est ici.

MERCI DE VOTRE SOUTIEN !

« L'information est indissociable de la démocratie et les journaux d'informations sont faits pour former et nourrir des citoyen-ne-s plutôt que de les distraire »
Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL