Ensemble
Nathalie Tufenkjian est allée à la rencontre de Flavie, Karim, Valérie, Felipe, Maudy, Jean-Marie, Lamine, Sylia, Joseph et beaucoup d’autres, dans toute la France. Des dizaines de rencontres, les yeux dans les yeux et quand ces derniers faisaient défaut, la main dans la main. Peau pour peau. Présence pour présence. Onde pour onde. Ces photographies témoignent de l’universelle humanité des êtres humains, handicapés ou non. Elles nous disent aussi que tout est plus difficile quand on est atteint par un handicap. Physique, psychique, psychiatrique, peu importe, le handicap entaille douloureusement l’autonomie, les sens, les apprentissages, la vie sentimentale et familiale.
Hélas, notre société ne fait justement pas société avec tout le monde. Les personnes handicapées doivent fournir des efforts colossaux pour y vivre et maintenir leur place de citoyen-ne. Il n’est de voir les résistances – collectives, individuelles et, pire, institutionnelles – à l’intégration des personnes handicapées dans la vie quotidienne. Des exemples : 80% des enfants autistes n’ont pas accès à l’école. Le retard considérable pour ce qui est de l’aide à domicile, pour l’aide aux aidants familiaux, pour l’intégration d’enfants handicapés à l’école et d’adultes au travail, pour l’accueil de personnes âgées handicapées.
« Le handicap ne s’efface pas, il se compense » aime à rappeler Jean-Marie Barbier, le président de l’Association des paralysés de France. A chaque fois que la société fonde ses règles et normes sur les personnes valides, elle exclue les personnes handicapées du cercle citoyen. C’est une atteinte à l’égalité et à la fraternité. Et la société se prive des talents, savoirs et intelligences des personnes handicapées. C’est la raison du combat de Christel Prado, présidente de l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis qui entend « lutter contre le dogme normatif qui emprisonne individu et société ». Un façon de dire que le bien et la justice faits aux personnes handicapées sont bien et justice faits à toute la société. L’intégration n’est jamais que celle de la fraternité. Une denrée rare pour tout le monde. Dont Nathalie Tufenkjian ne semble jamais se départir.
G.L.
