photo Paol Gorneg / Skeudennou ©

Privé de territoire

Bulle de bien-être individuel et effacement institutionnel de la géographique physique et humaine génèrent des individus qui, privés de territoire social et culturel, abandonnent l’exercice de la citoyenneté.

On s’attarde peu sur deux raisons ayant contribué à l’abstention aux élections régionales et qui mériteraient une réflexion de tous sur le rapport des citoyens à la politique. L’évolution libérale de notre société façonne des individus d’abord soucieux de leur bien-être individuel, de plus en plus habitués à la satisfaction immédiate de leurs besoins et envies. De plus en plus concurrents de tous les autres sous la pression du chômage et des boulots sous-payés. De plus en plus privés de liens sociaux, de dimension collective, de vision sociétale. Le taux de syndicalisation en témoigne, celui de l’investissement dans les responsabilités locales aussi. Or, en démocratie, le vote ne se réduit pas à l’acte d’un individu agissant pour la satisfaction de ses propres intérêts : le vote est un ralliement à une vision du monde, à un destin commun. Il y a encore quelques années, les élections, le vote, le dépouillement, participaient des symboles importants de la vie sociale. C’était un moment et un signe solennels des règles du vivre ensemble sur un même territoire. Hélas, le vote est aujourd’hui souvent réduit à un acte individuel par lequel on obtiendrait quelque chose pour soi et ses proches : ça ne peut faire que des déçus. On ne participe pas à la politique comme un consommateur fait ses courses mais comme un citoyen qui au-delà de ses propres intérêts veut améliorer, rendre plus harmonieusela vie du groupe, de la cité, de la région, du pays. On ne fait pas de la politique pour soi mais pour vivre avec l’Autre. On en fait pour le bien commun.

L’autre cause d’abstention tient à la relation que le citoyen cultive avec son territoire. Quand on se projette dans le collectif, quand on veut peser sur la réalité, on agit concrètement sur un territoire. L’identité personnelle et collective se construit à partir d’un lieu de vie avec tout ce que cela veut dire de géographie physique et humaine. Le redécoupage des Régions en 2015 n’est pas pour rien dans le désintérêt des électeurs et électrices. Des ensembles administratifs qui ne correspondent ni aux réalités géographiques et humaines, ni à l’héritage historique. On ne se sent citoyen que si l’on a le sentiment de pouvoir agir. Agir, c’est vouloir, pouvoir transformer la réalité. On agit quand on peut percevoir, comprendre une situation. Une situation c’est de la géographie, du climat, des êtres humains et leurs affinités diverses, de l’économie, de la culture, bref, un maelström d’interactions qu’une vie ne parvient pas toujours à organiser élégamment. Dans cette marmite dynamique, le territoire est un repère fixe. Les amis sont à telle distance, les élus sont relativement proches, les démarches administratives aisées etc. 

Ajouter à cette déconstruction mentale de votre territoire les manifestations autoritaires, jacobines de l’État, piétinant la Région ou la Commune quand les décisions prises démocratiquement par lesélus territoriaux dérangent des lobbies, vous entretenez un sentiment d’impuissance et accroissez le désintérêt pour la politique. Or, l’écologie c’est un sentiment d’appartenance à un milieu naturel et humain, renforcé par l’envie d’en préserver les dynamiques. Tout le reste en découle.

 

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Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL