Saison Méditerranée
A Marseille, le lancement de la « Saison Méditerranée » de l'Institut Français n'en finissait pas de commencer avec plus de 50 rendez-vous du 15 au 24 mai sur le thème « arriver, partir, revenir ». Un partenariat exceptionnel avec la ville de Marseille qui l'accueille jusqu'au 31 octobre avec une forte présence d'artistes palestiniens qui a entrainé des protestations de la communauté juive.
Plus de 170 projets des pays du sud méditerranéen - Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Liban - en lien avec des structures culturelles françaises, financées tout ou partie par l'Institut Français sur cinq thématiques avec plus de 200 artistes mis en lumière et 60 villes participantes. En invités exceptionnels par les structures culturelles marseillaises, s'est imposée la présence d'artistes palestiniens en résidence. Ainsi, le phare du rond-point du port de de Gaza détruit en 2023 par un char israélien a été reconstruit à Marseille par l'artiste gazaoui Shareef Sarhan qui l'avait créé entre 2015 et 2016 avec recyclage de débris de guerre. Re-Lighthouse est une sculpture monumentale, lumineuse,reconstituée de façon éphémère devant le MuCEM et face au vieux fanal guidant l'entrée du Vieux-Port depuis 1644. Réalisé avec l'aide des associations marseillaises l'échelle et lieux publics, Re-Lighthouse sera remonté en septembre à Bordeaux à l'invitation du FAB puis en octobre à l'invitation de l'Atelline à Montpellier.
Temps forts : le phare de Gaza qui a illuminé le port pendant quatre nuits et des photographies, « archive inachevable », font revivre le Gaza d'antan au Centre Photographique de Marseille. Miraculeusement retrouvées par son petit-fils vivant au Caire, des images d'insouciance à Gaza de 1940 à 1970. D'origine arménienne réfugié à Gaza, Kegham Djeghalian Sr (1915-1981) avait créé le premier studio professionnel de la ville en 1944. (CPM jusqu'au 12 septembre)
Polémique
Il n'y a pas d'événement culturel sans polémique. Le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) a vivement protesté contre la tenue d'une rencontre de solidarité avec les artistes palestiniens dans le cadre de la Saison Méditerranée. Ce colloque eut lieu au MuCEM, musée National, les 21 et 22 mai sur le thème « Faire face à l'anéantissement de Gaza ». Le président du CRIF, Bruno Benjamin s'insurgeait contre le terme d'anéantissement et cette « solidarité culturelle autour de la Palestine » accusant les participants d'avoir une « lecture partiale et militante d'un conflit aussi tragique et complexe ». Le maire Benoit Payan (DVG) avait déjà répondu lors d'une autre protestation du CRIF sur une exposition d'artistes et poétesses gazaouies dans une mairie de secteur. « Évidemment que les massacres de Gaza, depuis deux ans peuvent être évoqués à Marseille et heureusement de manière libre. Si un artiste est mis au ban chez lui, il est chez lui à Marseille », avait-t-il déclaré. Il avait par ailleurs résisté à la demande formule d'annulation du jumelage de Marseille avec la ville israélienne de Haïfa par des partisans de la cause palestinienne. Il avait à ce moment-là évoqué un possible jumelage de Marseille avec deux communes palestiniennes.
Voyager sans billet
Lancée par des discours officiels au palais du Pharo, en bord de Méditerranée, suivie par des inaugurations dans tous les musées de la ville, cette semaine s'est terminée par une grande fête populaire sur le grand port de Marseille. Pour une fois, les passagers sans billet ont voyagé immobiles sur les quais d'embarquement habituels des navires faisant la navette entre Marseille et la rive sud de la Méditerranée.
Parallèlement, d'autres événements culturels d'envergure commencé le 15 mai dureront jusqu'au 31 octobre dans une trentaine de villes en France, de Lille à Agde, et dans des pays de la rive sud de la Méditerranée, du Maroc au Liban. Orchestré par l'Institut Français sous l'égide des ministères de l'Europe et des affaires étrangères, du ministère de la Culture et de la délégation interministérielle à la Méditerranée, cette saison a planifié plus de 200 événements en France et dans les pays partenaires. Elle se veut un espace de dialogue et de coopération entre artistes, intellectuels, chercheurs et acteurs des sociétés civiles des deux rives. Marseille en tête de pont avec les pays du sud dont les structures culturelles ont présenté des projets entrant dans la thématique.
Mare Nostro par UV Lab, jardin du Pharo - photo Zal©
Marseille ville-monde
L'Institut Français a déjà fait découvrir les diversités culturelles d'autres pays invités depuis 1985 dans d'autres Saisons, comme dernièrement la Lituanie le Brésil et l'Ukraine. Cette Saison Méditerranée a été initiée par le Président de la République en 2023 depuis Marseille « ville-monde et ville d'accueil des diasporas ». Pour Julie Kretzschmar, marseillaise de cœur et commissaire générale de cette Saison, le but est de « raconter Marseille au présent » pour « lancer une dynamique méditerranéenne à travers toute le France à partir de cette ville qui incarne pleinement la Méditerranée ».
La ville de Marseille a pour sa part invité deux artistes. Au Musée d'Art Contemporain [mac] de Marseille, Louisa Babari s'invente une Algérie mythique et se lance à la recherche ses racines et son identité. Française, née à Moscou d'une mère russe et d'un père algérien elle a retrouvé ses racines berbères rattachées aux numides et à la déesse Africa. Une Athéna africaine. Avec des photos montées, elle se réapproprie les statues de l'antiquité phénicienne et numide de l'Algérie antique (jusqu'au 3 janvier 2027). Elle répond indirectement au [mac] à une installation d'Ali Cherri, « les veilleurs » (juin 2025 janvier 2026) dans laquelle l'artiste libanais se mettait en scène au milieu d'œuvres antiques sorties des réserves des musées marseillais. Le marseillais Adrien Vescovi propose quant à lui à la Vieille Charité. « Dormir comme le Soleil » selon un mot d'enfant. Avec des draps récupérés, qui ont déjà vécu plusieurs vies, qu'il reteinte et superpose. Dans la chapelle et dans les embrasures des coursives, ces draps prennent vie au gré du vent (jusqu'au 10 janvier 2027).
Pléiade
La Citadelle récemment restaurée remet l'histoire méconnue au centre de cette Saison avec le projet « Résistances et désobéissances ». Le vidéaste tunisien Saber Zammouri et l'artiste sonore et compositeur Hugo Mir-Valette rappellent la détention de Habib Bourguiba, leader nationaliste dès les années 1930. Celui qui devint le premier Président de la République tunisienne avait été incarcéré dans des cellules du fort d'Entrecasteaux ou il fut détenu entre 1939 et 1942. Cette interprétation de la mémoire du lieu est prolongée à Tunis à la fondation Kamel Laazar et pendant la biennale Jaou Photo à Tunis.
Parallèlement le château d'If, prison redoutée en pleine mer, a été investi par le cinéaste franco-algérien Hassen Ferhani dont les œuvres explorent l’isolement, l’horizon et la mémoire carcérale du monument. Il propose notamment des plans fixes par des fenêtres donnant sur Marseille ou sur Alger en « exploration immobile de l'ailleurs ».
Enfin la Friche la Belle de mai propose pléiade d'expositions dans cette pépinière d'artistes dont « l'Atlas des souvenirs ». Un paysage commun hybride entre Tanger et Marseille par la plasticienne Fatine Arafati et les paysagistes Arthur Lafrux et Yoan Soriano. La Belle de mai terminera cette saison par la Biennale des imaginaires Numériques, après de nombreuses soirées sur le thème de la Méditerranée, sur son toit terrasse et la clôture fin octobre.
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