Rebondir avec la Gen Z
Les mouvements lycéens et étudiants rappellent aux aînés leur devoir de leur livrer une république en bon état. C’est loin d’être le cas et notre commentateur politique William Hervé s’en émeut.
Les images du 17 octobre et des rues dévastées par la violence débridée des émeutiers et pilleurs qui ont envahi certaines rues de notre pays marqueront durablement les Français et, au-delà, tous ceux qui regardent la France en pensant à son histoire et ses valeurs.
Sonné, Emmanuel Macron n'a pu, le lendemain, apparaitre comme celui qui résoudra la crise. Le Président de la République est apparu abattu. La crise lycéenne vient poser la dernière borne de dix ans de pouvoirs qui laissent un goût de désastre.
Incapable de penser l'avenir social du pays au-delà du fantasme d'un ruissellement qui devait tout résoudre, le président Macron n'a rien fait de ce qu'il promettait en 2017. Pire, il a fait l'inverse, en écartant les partenaires sociaux de la discussion sociale, s'estimant le seul légitime à porter la parole du pays, à penser et dessiner son avenir. Cette vision étriquée de la démocratie sociale trahit le besoin de participation des Français et même leurs choix électoraux, ignorés après une dissolution fantasque qui a jeté ses troupes dans le fossé.
Les signes d'un affaissement général de l'État comme de la société se multiplient. Et pourtant, il est possible de n'être pas seulement pessimiste. Des crises naissent en effet les solutions. A six mois de l'élection présidentielle, il est encore temps de tracer les lignes de fuite d'un futur désirable qui s'appuient sur les valeurs écrites aux frontons de nos édifices publics : Liberté, Égalité, Fraternité.
Pour cela, il faut d'abord écouter les Français et répondre à leurs angoisses. Sans se réfugier dans des idéologies qui les ignorent où répugnent à admettre ce réel. La Gauche et la droite, ici, doivent chacune balayer devant leurs portes. Il y a quelques mois, dans une interview, le Premier Secrétaire du parti Socialiste, Olivier Faure, exprimait cette idée par des mots simples : « La France n'est pas une île ». Encore faut-il traduire cette réalité en choix politiques qui en tiennent compte.
Le choc climatique, le choc démographique, le choc technologique, l'avance prise par nos concurrents dans des domaines stratégiques comme l'IA ou la voiture électrique, l'effondrement scolaire, la part prise par les retraites dans la distribution des richesses en France... sont autant de sujets qu'il serait temps d'aborder et de débattre. C'est ce que demandent la Gen Z en colère ici comme ailleurs. Qui le fait ?
L'élection présidentielle se jouera sur cette capacité à faire émerger dans un projet de société qui pourra répondre aux enjeux de demain comme il pourra répondre aux angoisses et fatigues actuelles sans céder à la pensée magique d'un extrême ou de l'autre. Quelle administration ? Pour quoi faire ? Quelle école ? Pour quoi faire ? Quelle industrie ? Quelle santé ? Quel environnement ? Etc.
Dans ce contexte, face aux lycéens, la réduction du débat scolaire à Parcours Sup - véritable usine à angoisse permanente - révèle une incapacité à voir le monde. Il faudrait aborder le mépris de la société française à l'égard des enseignants à qui l'on reproche tout et son contraire. Il faut prendre la mesure du mal fait à l'école pour comprendre le mal fait à la jeunesse et, finalement, à la société tout entière. Nos politiques ont oublié que l'école a été au coeur du projet républicain. La leçon oubliée de Jules Ferry est qu'elle est la fondation de la construction du futur du pays.
Avec qui les politiques ont-ils discuté de ce sujet ? Les parents d'élèves, les enseignants, les personnels de la vie scolaire.... Ont-ils été sondés ? Les élèves, eux, ont eu, dès les premiers jours un interlocuteur principal, Laurent Nunez, Ministre de l'Intérieur et la garde à vue comme leçon de citoyenneté active.
Cette façon de penser la société est un drame. Un politique n'est pas là seulement pour commander. Il est d'abord une courroie de transmission, un traducteur des utopies au possible. Encore faut-il dialoguer, comprendre, et dire ce que l'on peut faire ou non dans un monde qui n'a jamais été autant interconnecté. La pédagogie du pouvoir est la seule voie de la légitimité populaire de la démocratie représentative. Changer de République est inutile. Il faut simplement changer l'esprit de l'exercice du pouvoir, être capable de dire que l'on s'est trompé, dire pourquoi telle ou telle orientation ou solution est privilégiée. Qui le fait ?
La France est désormais confrontée à un choix de société. C'est peut-être ce qui peut la sauver et la faire sortir d'un débat budgétaire d'une pauvreté affligeante. L'attachement des Français à l'égalité, à la liberté et à la fraternité apparaissent solides et peut servir de base d'un rebond.
Il faut écouter la Gen Z exprimer ses désespoirs et ses rêves. Non pour lui donner raison en tout. La part d'utopie consubstantielle à la jeunesse mérite aussi d'être confrontée au réel. Mais rien ne se fera de durable sans reconnaissance et dialogue.
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