Paris, place de la République, des éleveurs et éleveuses de volailles du Lot, du Gers, de Dordogne, du Gard, de l’Aisne, de l'Oise, du Jura, du Rhône et d'Ile-de-France vendent les "10.000 derniers œufs plein-air".

Mort annoncée des volailles fermières

Surfant sur la peur du virus de l'influenza aviaire qui fait des cartons dans les élevages industriels, principalement de canards, le gouvernement impose une règlementation qui signe la mort de l'élevage de plein-air.

Deux syndicats paysans, la Confédération paysanne et le Modef étaient mobilisés, ce jeudi place de République à Paris, pour défendre l'élevage plein-air menacé de disparaître par la nouvelle réglementation "grippe aviaire". L’influenza aviaire est une maladie animale infectieuse, virale, contagieuse. Elle affecte les oiseaux sauvages et domestiques chez lesquels elle peut provoquer, dans sa forme hautement pathogène, une maladie pouvant aboutir rapidement à la mort. Les virus aviaires n’infectent pas l’homme sauf certains sous-types qui parviennent parfois à franchir la barrière des espèces, comme le virus H5N1, pathogène pour l’homme et présent en Asie. La consommation de viande, de foie gras et d’œufs ne présente aucun risque. Le plus gros risque est pour les élevages industriels où s’entassent des volailles par dizaines de milliers et qui ensuite les font voyager.

Jusqu’ici, la règlementation classait les communes en trois zones de risques, définies en fonction de la présence d’avifaune sauvage zones humides, couloirs de migration…) : risque négligeable, modéré, élevé. En cas de crise, il faut enfermer la volaille, voire l’abattre (on a abattu 3,5 millions de volailles dans le sud-ouest cette année). Les élevages de plein-air – c’est-à-dire les meilleurs en qualité de chair, d’œuf et de bien-être animal – avaient des dérogations à la claustration de leurs animaux.

La nouvelle règlementation pondue par le ministère de l’Agriculture supprime la dérogation plein-air et, dès la présomption d’un risque modéré, oblige à enfermer les oiseaux jusqu’à 10 semaines d’affilées avec seulement 0,5 m2 par volaille, c’est-à-dire 8 fois moins que ce qui est exigé par les cahiers des charges des labels de qualité. Selon la Confédération paysanne, ce dispositif va provoquer « la cessation d’activité de 30% des élevages de plein-air » et « l’élevage de volailles français sera donc désormais majoritairement claustré ». Le syndicat s’alarme aussi de l’obligation de désinfection en dehors de période de risque sanitaire et celle du passage de l’équarrissage sur la ferme alors que l’ANSES le souligne comme facteur de risque de diffusion de la maladie. Enfin, les technocrates profitent de l’aubaine pour ajouter une strate de tracasseries administratives du genre obligation de déclarer ses volailles en ligne (sans alternative papier), avec pénalités à la clef pour trois jours de retard.

En fait, en ne prenant pas en compte les différences entre les modes d’élevage, le ministère favorise l’élevage industriel au prétexte de la sécurité sanitaire. Un paradoxe, car c’est bien la concentration d’animaux et leurs transports qui multiplient les risques de contamination. Au lieu de limiter le nombre des volailles par bâtiments et limiter leur transport, la nouvelle règlementation permet simplement aux industriels de concentrer autant de volailles qu’ils veulent dès l’instant qu’elles sont enfermées. Le poulet et le foie gras industriels vont inonder le marché.

 

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