5G

Le vent d'ouest se lève

VICTOIRE pour Eugène Riguidel et la cause qui motivait sa grève de la faim: l'opérateur de téléphonie Orange a reculé devant la mobilisation et suspendu, le 20 avril, son projet d'implantation d'une antenne 5G à Landaul.

 

Une grève de la faim à 80 ans, c’est l’engagement du navigateur Eugène Riguidel, pour protester contre l’implantation d’une antenne de téléphonie mobile. Depuis huit mois, la Bretagne voit des mobilisations contre ces antennes destinées non plus à la téléphonie mais à la numérisation croissante de la société qui transforme un téléphone en terminal d’ordinateur

Ce jeudi, 250 personnes étaient réunies autour de la caravane où Eugène Riguidel est en grève de la faim depuis lundi 12 avril pour protester contre l’implantation par Orange d’une antenne de téléphonie mobile à la sortie du bourg de Landaul (Morbihan), sur un terrain privé bordant un ruisseau. Un endroit charmant. Une antenne de 36 mètres… aussi haute que le catamaran de course Orange II était long (36,80 m) pointe malicieusement le navigateur breton. Orange parle de 4G, les manifestants de « 5G qui arrive en rampant ».

Âgé de 80 ans, Eugène Riguidel a décidé de se mettre en danger « pour mettre ma notoriété au service de la cause. Derrière moi, il y a tout un collectif d'habitants, d'opposants. Il faut retirer ce projet. C'est un cauchemar. » Pour lui, outre le préjudice esthétique pour une quarantaine de maisons du secteur, dont la sienne, il y a le risque sanitaire « avec leur antenne, ils vont nous arroser de leurs ondes mortifères. Les gens, les animaux. Y’a des études là-dessus ».

La maire de Landaul, Dominique Ollivier-Frankel est venue soutenir le jeûneur et souligne que « l’antenne sera érigée entre l’église, dont la façade est déjà classée, et une chapelle elle aussi classée », les deux balisant ici le chemin de Compostelle. Elle témoigne de son impuissance à enrayer le projet d’implantation, rappelant que « l’affaire s’est négociée avec le maire précédent sans demander l’avis des habitants ». L’occasion pour Riguidel de faire au micro le lien entre son combat et la démocratie « il y a une minorité de gens qui décident et qui imposent aux autres les conséquences de leur inconséquence ». Sa compagne Brigitte dit bien-haut ce que nombre des manifestants ne se privent pas de rappeler dans les discussions : « Comment faisait-on avant ? Je n’ai pas besoin d’ouvrir mes volets, de remplir ma baignoire ou de commander ma tondeuse à distance avec un téléphone ! On n’a pas besoins de ça pour être heureux. Oui à la fibre, non à la 5G !» Reprenant l’argument des opérateurs téléphoniques qui parlent de commune jugée « zone blanche » pour la noircir d’ondes, Brigitte Riguidel entend au contraire préserver ce type de zone « pour accueillir les gens hypersensibles ». Parmi les manifestants, des délégations venues de Nostang, Pluvigner, Quistinic, communes morbihanaises où on se mobilise contre les mêmes antennes. En août dernier c’était à Saint-Malo, en septembre à Rennes, que les opposants à la 5G se manifestaient. Le vent se lève à l’ouest, ce n’est pas pour déplaire au vainqueur de la Transat en double, du Cap-Rio, de la course de l’Aurore…

La maréchaussée, cinq gendarmes, ayant fait savoir sa désapprobation quant à la formation d’un cortège pour aller sur le lieu annoncé du crime sanitaire, esthétique et écologique … La totalité des personnes s’est néanmoins mise pacifiquement en marche, au son d’une bombarde et d’un biniou, jusqu'au but.

 

Repères

Depuis le 1er octobre 2020, l’État a attribué aux opérateurs de téléphonie mobile des fréquences pour le déploiement de la 5G. Cette décision relève de la compétence exclusive de l'État. C’est l’Agence nationale des fréquences (ANFR) à qui est confiée (loi du 9 juillet 2004) la coordination de l’implantation des antennes-relais « et de veiller au respect des valeurs limites d’exposition du public aux champs électromagnétiques ». La loi définit des valeurs limites d’exposition mais pas de distance particulière à respecter autour des habitations.

L’implantation d’un émetteur est soumise aux règles générales d’urbanisme. Sauf en secteur protégé (site classé, réserve naturelle...) où les obligations sont renforcées et le permis de construire obligatoire, l’implantation fait seulement l’objet d’une déclaration préalable.

Le maire peut dire non au regard du PLU, mais le tribunal administratif, que ne manquera pas de saisir l’opérateur, donne droit à ce dernier. En revanche, depuis la loi Abeille (9 février 2015), il est de sa responsabilité d’informer les habitants.

Valeur limite des ondes

L’OMS fixe la valeur limite des ondes à des niveaux 50 fois plus bas que les effets sanitaires avérés (effets thermiques) chez les animaux. Les seuils varient fortement selon les pays : 41 à 61 volts/mètre en France, soit les valeurs suggérées par l’OMS et la Commission européenne. Au nom du principe de précaution, ce seuil est nettement inférieur dans plusieurs pays ou régions d’Europe : 6 à 20 v/m en Italie, 6 v/m dans les zones d’habitation bulgares…

 

 

 

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