Accostages

C’est plus qu’une habitude, une fidélité, GLOBALmagazine vient toujours à Ouessant pour le salon international du livre insulaire. Fidélité à la manifestation, à la littérature, aux écrivains, à l’île. Cette année, on baguenaude de « l’île inaccessible à l’île merveilleuse » en compagnie de deux grands invités, l’haïtien James Noël et le néozélandais Ian Borthwick.

Entre gymnase et salle polyvalente, les amoureux de la lecture explorent les chemins d’accostage au paradis insulaire se gardant modérément de l’écueil de l’enfer sans qui le merveilleux perdrait de son goût. Tels les récifs défendant l’approche de l’île, masques et gestes barrières imposent une navigation prudente sur l’océan éditorial. Du cabotage de samedi dans l’archipel des mots, retenons ce petit verbatim insularo-ilien-ilotant.

« Son accessibilité définit l’île » (Claire Darfeuille /Au vent des îles) et pour lui faire écho « l’identité se construit avec la mer alentour donc l’insularité c’est sans pont et sans tunnel » (Isabelle Le Bal, présidente du salon). Le travail très pointu, très fin, des traducteurs « fait résonner des milliers de langues locales orales » dans les publications francophones du Pacifique Sud, encore faut-il prendre la parole telle Titaua Peu avec son « Mutismes » dont la parution a provoqué un mini-séisme dans la société polynésienne. « Naître à l’écriture » nous dit Nassuf Djailani « fait franchir des caps et la paternité en est un ». Le poète mahorais, dont l’île a accédé au statut de département français en 2011, s’étonne qu’il faille, pour être un bon français, « se réclamer d’une racine unique alors que l’on s’ajoute à l’intelligence des autres ». Que « Se couper de toutes nos racines pour entrer dans la religion de l’identité française c’est se couper de ce qui nous constitue », qu’épouser la nation française, passe par des valeurs, valeurs que l’on ne peut nier à d’autres ». Et de constater « plus on s’intègre en France, plus on s’ensauvage », appelant à la poésie comme « une résistance pour veiller l’humanité (…) Les poètes doivent réinvestir le langage, ne pas accepter la dégradation de la maison commune par les communicants vidant les mots de leur sens » . Fabrice Reymond de renchérir « De plus en plus d’origine, de moins en moins de devenir ».

Avec son « Dictionnaire amoureux des îles », Hervé Hamon témoigne que « les îles nous obligent à regarder la mer par en dessous » et rappelle l’humilité dont ne devrait jamais se départir les terriens « c’est la mer qui dessine la terre, qui décide de ce qu’elle nous autorise ». Et de rappeler le temps où « la Manche fut un désert de silice peuplé de rhinocéros bleus ». Et le salon accosta au merveilleux.

 

Brexit de James Noël, éditions Au diable veau vert

Au cœur de la fougère de Ian Borthwick, éditions Au vent des îles

Mutismes de Titaua Peu, éditions Au vent des îles

Kaïn, de Joël Simon,éditions Au vent des îles

Le roi absent de Moetai Brotherson, éditions Au vent des îles

Anabase n°7 de Fabrice Reymond, éditions Mix

Naître ici de Nassuf Djailani, éditions Bruno Doucey

Dictionnaire amoureux des îles de Hervé Hamon, éditions Plon

  Salon du livre insulaire, du 13 au 16 juillet 2021, entrée gratuite. Ouessant (Finistère) Liaison maritime à partir du Conquet avec la compagnie Penn ar Bed.

 

 

 

 

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