Désobéissance civique climatique

Aux Etats-Unis, le mouvement « We are still in » (« Nous sommes toujours dedans », sous-entendu l’accord de Paris) entraine des centaines de villes, de nombreux états et entreprises dans la résistance au climato-scepticisme du gouvernement de Donald Trump. L’ampleur du mouvement prend des allures de soulèvement pacifique inédit, adossé aux responsabilités internationales du pays. Une nouvelle page de la désobéissance civique est en train de s’écrire.

Depuis la scène de la COP 23, le gouverneur de Californie, Jerry Brown, et l’ancien maire de New-York, Michael Bloomberg ont lancé « L’engagement américain » (America’s pledge) pour chiffrer les efforts de réduction de GES des 20 États américains, 110 villes et 1 400 entreprises américaines hostiles au retrait de l’accord de Paris des Etats-Unis et regroupés dans le mouvement « We are still in » (« Nous sommes toujours dedans »). Ce rassemblement représente 25 milliards de dollars en capitalisation boursière et près de 1,0 gigatonne d'émissions de GES par an. Selon un rapport du World resources institute et du Rocky mountain institute, cette coalition annonce des objectifs quantifiés de réduction de ses émissions de GES qui représentent la moitié des engagements pris par Barak Obama à Paris (26 à 28 %). Il faut réaliser et dire que ce mouvement est une dissidence inédite à l’égard d’un Etat : des acteurs politiques et économiques de premier plan se rebellent politiquement et économiquement, pacifiquement, contre leur gouvernement central. Ils proclament, de fait, d’autres normes environnementales que celles du gouvernement fédéral. Ils prennent la parole et des engagements sur la scène internationale au nom de l’idée qu’ils ont des responsabilités de leur pays. Ils désavouent devant la communauté mondiale – l’ONU – les décisions qu’y a pris leur président fédéral ! Je laisse aux constitutionnalistes et aux juristes le soin de démêler l’écheveau de l’infraction aux lois des « We are still in » mais manifestement ce sont des  hors-la-loi !

Jusqu’ici la désobéissance civique a été le fait de personnes et de mouvements engageant des rapports de force pour le bien commun dans le cadre de leur pays. Dans le cas de la résistance américaine au climato-scepticisme de leur gouvernement, on frise le soulèvement écologique. C’est la première désobéissance de cette nature et de cette taille. Elle est à l’échelle des enjeux planétaires soulevés par le climat. Elle est aussi la fille de l’internationalisation de la société civile, de ses combats globaux sur de nombreux fronts (droits fondamentaux de l’être humain, climat, biodiversité, souveraineté alimentaire, etc…). On peut remercier Donald Trump pour cette accélération de l’histoire. Une nouvelle page – internationale et écologique – de la désobéissance civique est en train de s’écrire sous les yeux et avec le soutien de la communauté mondiale.

 

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