Un nouveau camp politique

 Un appel lancé discrètement au lendemain des élections européennes est en train de bousculer le paysage politique. En faisant fi des partis, Ensemble sur nos territoires rallie de plus en plus d’élus locaux et de citoyens décidés à construire au quotidien la transition écologique et sociale. À Pontivy, une réunion régionale des pionniers de cette initiative sonne le début de la mobilisation pour les municipales afin que « l’expérience citoyenne nourrisse les politiques publiques », en dehors des jeux d’appareils nationaux.

L’histoire offre de grands paradoxes. Ainsi ce lundi 26 août, pendant que l’histoire mondiale piétinait à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) au G7, celle de la gouvernance des territoires faisait un pas décisif à Pontivy (Morbihan). Au Pays basque, le club des puissants du monde perpétuait la religion de la croissance et des vœux pieux sur les inégalités, sur fond d’autorégulation des multinationales dont les citoyens paient l’addition depuis un quart de siècle. Une vision du monde vue des sommets du pouvoir mue par l’envie de le perpétuer. À contrario, venus des cinq départements bretons, des élus territoriaux, deux sénateurs, une ex députée européenne et de simples citoyens annonçaient la montée en puissance régionale et nationale de deux expériences de terrains : Morbihan en transition et Territoires 44 .

Ces deux mouvements politiques construits sur la base d’un rassemblement apartidaire fondé sur l’urgence sociale et écologique mobilisent personnellement des élus locaux et territoriaux, des citoyens, des anciens élus locaux et régionaux, des citoyens engagés dans des initiatives locales. Partage d’expériences, réflexions en commun, formation, il s’agit de gouverner les territoires à partir des besoins et des idées des populations locales, largement associées à la gouvernance. Il s’agit pour eux « d’enrayer l’émiettement politique », de « renouer des choses entre des élus courageux – comme Daniel Cueff dont l’arrêté municipal anti-pesticide est contesté par l’Etat)– et la société civile » comme le dit René Louail (ancien élu régional, ancien leader syndical paysan). Les deux mouvements sont nés en amont des sénatoriales qui ont réélu Ronan Dantec en Loire Atlantique et Joël Labbé dans le Morbihan. Après l’élection, ces deux initiatives sont devenues des outils de terrain pour élaborer des solutions aux problèmes posés, toujours en associant les bonnes volontés d’un territoire, sans a priori idéologique, sans clivage partidaire juste un engagement radical dans la transition écologique et sociale.

Camp politique

En juin dernier, inquiets du score populiste aux européennes et refusant l’enfermement politicien d’un face à face entre la liste d’En Marche (22,4%) et celle du Rassemblement National (23,3%), présenté comme indépassable, Morbihan en transition et Territoires 44, ont lancé Ensemble sur nos territoires , appel  à « construire une parole politique puissante, ancrée dans des actes et des pratiques cohérentes, de constituer une force politique capable d’assumer la conduite des affaires publiques, portant l’ambition de cette transformation écologique et sociale » aux prochaines élections municipales.  De nombreux élus locaux, départementaux, régionaux, de 12 régions (sur 13) et d’une cinquantaine de départements ont signé l’appel.

 « Nous voulons décloisonner, le bocal des partis ne permet pas l’épanouissement » déclare un maire de Territoires 44 pendant l’assemblée au Palais des congrès de Pontivy (40 personnes) ; « nous voulons que l’expérience citoyenne nourrisse les politiques publiques » ajoute une élue d’agglomération de Morbihan en transition ; « nous votons pour avoir un partenaire sur lequel s’appuyer dans la transition écologique » avance une militante associative ; « on n’a pas envie d’obéir à des décisions extérieures » confie un maire d’une commune rurale. Tout au long de l’assemblée, la parole libérée du carcan des partis laisse deviner l’envie de « construire le camp politique de celles et ceux qui font et assument l’importance de l’action publique » résume Ronan Dantec. « Si la démarche vous intéresse, signez l’appel et lancez des réunions sur vos territoires » précise Joël Labbé en soulignant que le mouvement fonctionne par consensus, preuve de sa volonté de rassembler non sur une ligne idéologique mais sur du concret.

Dans les propos échangés à Pontivy rien ne distingue les encartés (EELV, PS, Génération.s, Place Publique) des non encartés. Tous viennent avant tout d’une commune, d’un territoire. Les uns et les autres se défendent de créer une organisation politique opportune, dans la seule visée des élections municipales : « c’est plutôt après que ça commence vraiment, qu’il faut faire le boulot ». Un engagement de mandat donc, pas un rassemblement de chapelles. Un camp politique pensé comme un outil pérenne de transition, un cadre pour s’organiser sur un territoire avec « l’ambition démesurée de mettre le projet avant les candidats » selon Isabelle Thomas (ex-députée européenne).

Cure de rajeunissement

L’après-midi bretonne a vu les plutôt chevronnés du matin rencontrer les jeunes militants du mouvement de "lobbying citoyen" La Bascule, installé aussi à Pontivy et eux aussi animés par l’envie de rassemblement citoyen face au défis environnementaux et humains.  Les « basculeurs » –  Arthur et Florine –  ont entrainé leurs hôtes dans une série de jeux de rôles et de société visant « à faire parler les personnes qui n’ont pas la parole ou ont peur de la prendre », dans le but « d’écouter ces petites voix » si proches, si semblables à celles de beaucoup d’administrés. On a parlé d’envie ou non de s’engager dans la vie locale, de biens communs, de rêves d’élus, de lutte contre les fractures territoriales urbaines et rurales, d’architecture, de séparation de l’exécutif et du législatif municipaux, d’incitation aupartage, de la pertinence des défunts Agendas 21, de l’urgence à ne pas attendre un mandat de plus pour agir, de territoire en cohésion et cohérence. Et l’unanimité pour affirmer que devant la tâche annoncée, « on n’a pas le temps d’être triste ». En Bretagne, la révolution a des airs de gala.

 

 

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