Catalogne
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Etre républicain est-il un crime ?

Après 52 jours d'audience retransmis en direct à la télévision, le procès des femmes et des hommes politiques poursuivi pour avoir organisé un référendum en Catalogne le 1er octobre 2017 arrive à son terme à Madrid. Dans quelques semaines, la Cour suprême rendra son verdict. Oriol Junqueras, ancien vice-président de la Catalogne encourt une peine de 25 ans de prison pour avoir fomenté un coup d'état, une rébellion et pousser à la déclaration d'indépendance de la Catalogne. Son collègue, Raoul Romeva risque 18 ans de prison, et les peines qui pourraient être prononcées contre les 10 inculpés vont de 8 ans à 18 ans.
Aux yeux du pouvoir espagnol, ces Catalans sont doublement dangereux. Ils ne sont pas juste indépendantistes ils sont également républicains. Ils brisent un tabou, vieux de plus de 40 ans. À la mort de Franco, en novembre 1975, l'avenir de son dauphin, Juan Carlos de Bourbon, était loin d'être assuré. Pendant les négociations sur la transition, lorsque le jeune Roi apprit que l'article 1 de la proposition de Constitution reconnaissait que "la forme politique de l'Etat Espagnol est la monarchie parlementaire", il put enfin blaguer avec les journalistes : "Ca y est, cette fois je suis légitimé." Fruit de négociations tendues entre les partis de gauche, les franquistes et l'armée, la Constitution, validée par référendum le 6 décembre 1978, entérinait un rapport de force dont les contours avaient été dessinés par quatre décennies de dictature, de violence, de censure de mensonge, de peur et de corruption généralisée. Juan Carlos n'était pas le seul à être soulagé. Les chefs d'Etat de l'Europe étaient également satisfaits du compromis. La dictature s'était coulée dans le costume de la démocratie. À quoi bon chipoter sur les détails? 

Identité républicaine

Quarante ans plus tard, la situation n'est plus la même. L'armée espagnole n'inspire plus la même crainte. Les habitants de la péninsule ibérique se sentent protéger par les valeurs de l'Union européenne. Certains commencent à demander plus : le transfert de nouvelles compétences pour la Catalogne. Le Parti Populaire de Rajoy refuse. La pression monte. Les autonomistes d'hier deviennent indépendantistes et réaffirment leur volonté de connaître un jour à nouveau la République en Catalogne puis en Espagne.

 En France et dans le reste de l'Union européenne, les indépendantistes catalans sont assimilés aux nationalistes de droite et d'extrême droite. "Ils sont riches et ne veulent pas partager. C'est comme la Ligue du Nord. Ce sont des égoïstes." Un slogan pour clore le débat et pour accepter, sans broncher que des femmes et des hommes soient en prison depuis des mois et risquent d'y rester pendant des années. Comment peut-on accepter cela, lorsque l'on se proclame défenseur des Droits de l'Homme ? 

Lâcheté européenne

 Seule une quarantaine de députés européens, dont José Bové, ont tiré la sonnette d'alarme et demandé la mise en place d'une conciliation entre Madrid et Barcelone. Ils n'ont pas été entendus. L'Union européenne pensait avoir ainsi réglé le problème. Il n'en est rien. Le 2 juillet, le Parlement européen ne pourra plus se cacher derrière son petit doigt. L'Etat espagnol exige que les députés nationaux et européens prêtent serment sur la Constitution de 1978. Carles Puigdemont en exil ne prendra pas le risque d'aller jusqu'à Madrid au risque d'être arrêté et de ne plus pouvoir continuer à lutter de l'extérieur. Oriol Junqueras, élu député européen, ne sera pas présent non plus à Strasbourg début juillet, car le Tribunal Suprême espagnol vient de lui interdire de sortir de prison pour prêter serment sur la Constitution. Cette décision revient ni plus ni moins qu'à remettre en cause le résultat des élections en Espagne.

Lors de sa dernière intervention devant la Cour Suprême Raoul Romeva a appelé les démocrates européens à se réveiller. "Aujourd'hui, c'est nous qui nous trouvons en prison, demain ce pourra être n'importe lequel d'entre vous". De quoi réfléchir. 

 

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