Le diesel, signe extérieur de pauvreté

Ces jours derniers, le carburant automobile est devenu un marqueur social. Qui l’eût crû en ces temps de décrépitude avancée du mythe de la voiture ? Sur fond de hausse du diesel, une enquête de L'Argus éclaire la fracture sociale et territoriale habillée en gilet jaune.

La décision du gouvernement annoncée, rappelons-le, fin 2017, d’aligner progressivement la fiscalité du gas-oil sur celle de l’essence sans-plomb à l’horizon 2021 a déclenché le mouvement des « gilets jaunes ». Notre confrère L’Argus, journal automobile de référence, s’est interrogé sur le lien entre utilisateurs de voitures diesel et fragilité économique. Il a trouvé la réponse en comparant pour chaque département, le pourcentage de véhicules roulant au diesel dans le parc de véhicules particuliers, avec le taux de ménages non imposables, marqueur révélateur de la pauvreté, sinon de la fragilité, d’un territoire.

Le diesel marqueur social de fragilité

L’étude de L’Argus nous livre deux cartes, dont la superposabilité est frappante : parmi les zones urbaines dynamiques, marquées par une faible proportion de ménages non-imposés, et un faible taux de diésélisation du parc, figurent toute l’Ile de France et l’Oise, l’ensemble du Lyonnais et des Savoie, les métropoles de Nantes, Bordeaux, Toulouse, Nice, ou encore l’Alsace.

A l’inverse, certains départements très urbanisés et denses comme le Nord (452 habs/km2), le Pas-de-Calais (220 habs/km2) ou la Moselle (168 habs/km2) affichent des proportions importantes de diesels dans leurs parcs. Trois départements marqués par la présence de bassins industriels en reconversion à la population fragilisée.

 

Ruralité à deux vitesses

De la même manière, les territoires ruraux ne sont pas tous logés à la même enseigne : la riche Côte d’Or, les caves champenoises de la Marne ou encore les fertiles plaines beauceronnes du Loiret affichent à la fois une faible part de ménages non-imposables et un taux de diésélisation inférieur à la moyenne nationale, tandis que les territoires les plus excentrés et les plus fragiles sont marqués par un parc routier diéselisé à plus de 72% : Massif central, Limousin, Bretagne, Pays de Loire et Poitou, ou encore la Somme, l’Aisne, le Calvados, la Haute-Saône, la Haute-Marne.

Fracture territoriale

Comparaison n’est pas raison dit le proverbe et il serait exagéré de généraliser. La réalité est aussi celle des choix individuels de rouler en 4x4 ou en voiture aussi luxueuse et puissante que diesel ; celle des choix fiscaux d’entreprise pour leur flotte de véhicules ; celle de la difficulté de trouver des petites automobiles à essence d’occasion. mais comme le souligne Thibaut Frank, l’éditorialiste de L’argus ; « « Il n’empêche qu’en raisonnant à l’échelle de l’unité départementale, preuve est faite que les plus fragiles seront les plus impactés par les mesures anti-diesel, et pas seulement sur le plan financier : avec l’interdiction pure et simple du Diesel planifiée pour 2024 à Paris et 2030 pour l’Ile de France, c’est toute une population rurale qui pourrait alors subir une véritable assignation à résidence, qui ne ferait qu’accentuer encore la fracture territoriale. Une réalité que l’exécutif, à l’heure où ses actions en faveur des plus modestes peinent à convaincre l’opinion publique, ne devrait pas négliger. »

 

 

Afin de mettre en évidence la corrélation diéselisation/imposition fiscale, L’argus a posé ces données sur un graphique, où chaque département est représenté par un point, positionné en fonction de la part de ménages fiscaux imposés et du pourcentage de véhicule diesel dans le parc. Le lien entre fragilité économique et équipement en Diesel n’en apparait que plus flagrant.

 

 

 

 

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