Biennale d'architecture
photo Paol Gorneg@

Pour un meilleur reflet du monde

Des grands noms féminins de l’architecture – Louise Braverman, Odile Deck, Winka Dubbeldam, Jeanne Gang, Anna Heringer, Farshid Moussavi, Marta Thorne, Toshiko Mori - ont saisi l’occasion de la Biennale de Venise pour lancer un appel contre l’ostracisme et le harcèlement dont les femmes sont victimes dans la profession.

Il est 11h, le fond de l’air est doux et elles sont trois, debout sur un banc, en tenue printanière à l’ombre des arbres de l’allée principale des Giardini de Venise. L’iranienne Farshid Moussavi et l’américaine Marta Thorne encadrent la française Odile Deck : l’architecture est un art international et ces trois femmes sont là pour dénoncer la seule frontière qui résiste à leur talent, le genre. Sans micro, ni porte-voix, Marta Thorne lit le manifeste Voices of  women aux 200 femmes qui ont répondu à l’appel via les réseaux sociaux : « Les femmes ne sont pas une minorité dans le monde mais les femmes dans l’architecture sont toujours une minorité et nous voulons que le monde de l’architecture soit un meilleur reflet du monde dans lequel nous vivons ». Dans la petite foule, où chaque manifestante se signale par un éventail, chacune fait le lien avec Free space (Espace libre), le thème de cette 16ème Biennale de l’architecture et avec ses deux curatrices, Yvonne Farrell et Shelley McNamara. S’il est un espace où s’engouffrer pour rappeler la profession aux fondamentaux des droits de l’être humain, c’est bien cette biennale. Tout le monde a aussi en mémoire les accusations d’harcèlement sexuel portées en mars dernier à l’encontre de l’architecte Richard Meier. Le manifeste des femmes architectes entend aller beaucoup plus loin et s’attaque au manque de reconnaissance de la femme dans l'architecture. Une discrimination qui leur barre trop souvent l’accès aux grands projets et à l’égalité de rémunération. Odile Deck fait remarquer que les femmes emplissent à 60% les écoles d'architecture et que seulement 15% d'entre elles exercent le métier. Quant à quantifier les femmes à la tête d'agences, on frôle l'infinitésimal. Cependant, Odile Deck met en garde contre les tenants d’une « architecture féminine » : « Je ne veux pas entendre parler d’architecture de femme ou d’homme : il y a des architectures différentes en fonction des personnes ». Ce manifeste rend visible l’invisible, l’être avant le bâti.

Manifesto

We as Voices of Women are building conversations and taking actions to raise awareness to combat pervasive prejudices and disrespectful behavior that appears to be systemic in our culture and discipline. We are united in denouncing discrimination, harassment and agressions against any member of our community. We will not tolerate it. We will not stand silent.

Women are not a minority in the world but women are still a minority in the architecture’s field and we want that it could reflect better the world in which we live.

The Venice Biennale 2018 FREE SPACE is a crucial moment of awakening to promote equitable and respectful treatment of all members of the architectural community irrespective of gender, race, nationality, sexuality and religion. We will join hands with co-workers, students, clients, collaborators, and our male colleagues to create a new path forward toward equitable work and educational environments that promote respectful discourse and open exchange of ideas.

Be a fan of Voices of Women. Make a Vow to uphold fairness, transparency, and collaboration in Architecture NOW.

 

 

 

 

 

 

 

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