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1ère Zone d'Alimentation Durable (ZAD)

Le jour de la présentation, par le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, de la loi découlant des Etats généraux de l’alimentation, une commune littorale, Dolus d’Oléron, appelle à un Printemps de l’alimentation durable. Depuis 2014, Dolus refuse l’implantation d’un fast-food et plante aujourd’hui le décor d’une bataille plus grande : celle de la souveraineté alimentaire d’un territoire.

On ne peut manquer Dolus d’Oléron (Charente-Maritime) quand on débarque sur l’île éponyme. Passé le Château d’Oléron, le visiteur empruntant la route qui l’emmène au nord de l’île est obligé de traverser Dolus. La commune s’étend sur 2 900 hectares de la côte Ouest à la côte Est et, hors saison touristique, ses 3 264 habitants vivent dans la quiétude du lieu, le plateau d’huîtres à portée de la main. Comme des milliers de communes, Dolus a opté pour la restauration collective bio, en circuit court, le « zéro phyto » pour l’entretien communal et s’est engagée dans la transition énergétique avec notamment un plan de rénovation thermique. La Municipalité a aussi demandé à ENEDIS de surseoir à l'installation des compteurs Linky chez les particuliers qui s'y opposent. En revanche, elle a demandé que ces compteurs soient installés dans les bâtiments communaux afin de pouvoir y effectuer des campagnes de mesure validées par le CRIIREM pour obtenir des données concrètes avant d'envisager un déploiement chez les particuliers. Bref, on est dans le durable porté par l’action publique.

Depuis le 7 avril 2014, jour où Grégory Gendre a apposé sa signature de maire en bas du refus de permis de construire à MacDo, la commune est devenue le centre d’attention de toute la planète « alimentation durable ». Dolus d’Oléron est membre du réseau national de cantines bio « Un plus bio » ce qui place tout de suite la bataille sur le terrain national et européen de la souveraineté alimentaire d’un territoire. Les citoyen-nes ont-ils oui ou non le droit et le pouvoir de décider de ce qu’ils veulent manger et de comment ils veulent que soit produite leur nourriture ? Pour le maire, c’est une évidence démocratique : « Nos territoires littoraux et touristiques sont riches d’un patrimoine agricole et culinaire que nous devons préserver où la gestion qualitative et quantitative de l’eau, au cœur du bassin ostréicole, représente un enjeu majeur. Pour maintenir une véritable cohérence d’ensemble, il faut poser des actes, assumer des choix politiques et privilégier des filières et des modèles pour créer de nouveaux équilibres qui préfigurent ce que seront les territoires résilients de demain.» Avec cette vision stratégique, la condamnation de la commune à une astreinte judiciaire de 300 euros par jour mobilise des soutiens largement au-delà de l’île et offre l’occasion de rendre visibles et de relier les initiatives alternatives dispersées sur la carte de France. En ce sens, on peut dire que MacDo fait fleurir un Printemps de l’alimentation durable.

Printemps de l’alimentation durable

Ce 31 janvier, la conférence de presse organisée à Paris par le restaurateur militant Xavier Denamur, réunissait autour de Grégoy Gendre : Gilles Pérole, maire-adjoint de Mouans-Sartoux, artisan de la conversion 100% bio de la restauration collective locale et président du réseau Un plus bio ; le sénateur Joël Labbé à l’origine de la loi « Zéro phyto» ; le chef cantinier Bernard Michel qui met pour le prix du ticket de cantine bio des truffes au menu de l’école d’Espiens (Lot et Garonne) ; Guillaume Bodin, réalisateur (et vigneron) du film Zéro phyto, 100%  bio sur les cantines bio et les villes sans pesticides ; et votre serviteur pour son expertise du champ à l’assiette.

Après avoir rappelé l’opération « Soyons les 900 », qui vise à fidéliser un don de 10 euros par personne pour assurer le paiement des 9 000 euros d’astreinte mensuelle autant de temps qu’il le faudra, Grégory Gendre a annoncé le lancement du premier Printemps de l’Alimentation Durable (PAD) et la création de la première Zone d’Alimentation Durable (ZAD) de France. Le Printemps, c’est un rendez-vous (du 20 au 22 avril prochain) donné à Dolus d’Oléron, pendant trois jours, aux citoyens, artistes, agriculteurs, enfants, chefs de cuisine, agents de service, élus, restaurateurs, autour de débats, d’ateliers, de forums, de spectacles et de concerts. Ce printemps va éclore sur le domaine de la Cailletière, une ancienne colonie de vacances de 4 hectares propriété de la mairie de Dolus. On va y célébrer la réussite des conversions bios ; y débattre des enjeux de la (re)territorialisation de la production de nourriture, de la souveraineté alimentaire, de gouvernance locale, de lien agriculture-climat-biodiversité, de remettre le projet alimentaire local et territorial au cœur des enjeux des politiques publiques. Cette ZAD, lancée par la municipalité, a pour objectif de « faire des propositions concrètes au Gouvernement et aux collectivités locales pour redonner la priorité à une alimentation saine, de qualité, durable, rémunérant les producteurs au juste prix, ne polluant pas les eaux et dont le coût carbone n’obère pas l’avenir des générations futures » souligne Grégory Gendre. Gilles Pérole avance déjà l’idée d’une « TVA à taux réduit pour la restauration collective bio ». Xavier Denamur rappelle sa bataille pour voir figurer dans les menus des cantines la provenance de chaque aliment (industriel, local, bio, label, etc) et précise qu’il « ne s’agit pas ici de chimères ou de vœux pieux mais bien d’un changement de fond pour bâtir de nouveaux équilibres socio-économiques autour de l’assietteLes graines que nous semons par nos initiatives quotidiennes nourrissent déjà des idées qui elles-mêmes fleurissent ensuite au quotidien dans le débat public. ». Des pistes de réflexions, des solutions, des ambitions que l’on ne détecte pas dans la présentation de la loi découlant des Egalim. En fait, les véritables Etats généraux de l’alimentation s’annoncent avec ce Printemps de l’alimentation durable.

 

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