Doléances amérindiennes et ordinaire régional

Barrages d’engins devant la préfecture, pneus en flammes devant la Collectivité territoriale de Guyane. L’arrivée de la Ministre de l’environnement fût mouvementée et ce qui lui fût renvoyé fût surtout l’agacement des autorités face aux promesses non tenues de l’Etat concernant le Pacte d’avenir promis et non abouti et l'inquiétude des nations autochtones de Guyane menacées sur leurs territoires par l'orpaillage clandestin et le projet russo-canadien de mine d'or.

Les questions relatives au pacte d’avenir ont finalement été désamorcées : il n’est pas inutile d’inviter l’ancienne compagne du Président de la République ! Par deux fois, Rodolphe Alexandre, président du Conseil régional de Guyane, s’est félicité « de son coup de téléphone en direct avec le Président » qui a réglé, selon lui, les questions d’urgence : RSA, accord sur les 200 000 ha demandés, financement des collèges, plan hospitalier, engagement du doublement de la route Cayenne/Kourou et 60 millions répartis selon la volonté de la CTG pour ses lycées et collèges, sans compter les promesses du plan énergie (400 millions pour une nouvelle centrale thermique, 50 millions au plan biomasse pour atteindre 40 MGW). Autant de réponses qui viennent s’ajouter à une promesse importante faite par la ministre, dans toutes les Antilles, d’une augmentation de 35% du  tarif de rachat du photovoltaïque.

L'accès au Parc amazonien a été bloqué par un mouvement populaire voulant alerter la Ministre sur l'état de marasme de la Guyane. Finalement, Ségolène Royal a rencontré les chefs coutumiers dans la villa du préfet au mont Bourda, colline littorale boisée dominant Cayenne de ses 105 mètres d'altitude. Ambiance chaleureuse, respectueuse et « récits poignants » des amérindiens et buschinengués dont le quotidien est devenu rude. Confrontés aux exactions des orpailleurs clandestins, leur vie libre est sans cesse menacée.

Une ambiance apaisée donc pour que la Ministre prenne connaissance de la parole des coutumiers évoquant la poursuite des engagements qui avaient été pris conjointement durant la COP 21 où s’étaient imposés les peuples autochtones. Ségolène Royal a pris note, avec satisfaction, de la demande des peuples autochtones de participer à la COP 23 à Bonn, a proposé de mettre en place une coalition qui réponde aux demandes, de valoriser et protéger les savoir-faire du climat au même titre que les connaissances scientifiques, d’obtenir un accès au fonds vert. Les Amérindiens ont demandé à Ségolène Royal d’être, à Bonn, la marraine d’un nouveau pavillon amazonien, tandis qu’Alexandre Sommer-Schaechtelé, délégué de l'Onag (Organisation des nations autochtones de Guyane), lui remettait les 85 000 signatures d’une pétition demandant la ratification de l’article 169 (reconnaissance des peuples Premiers ) dans le cadre de la Constitution.

Un plaidoyer a été ensuite adressé par une femme wayana, Eléonore, contre le projet de la mine prévue sur la Montagne d’or par le consortium russo-canadien Nordgold. La ministre a précisé sa position en quatre points face à ce projet : « si il y a légitimité à vouloir développer un projet, je resterai exigeante. Il faut des études préalables, une évaluation qui permette de savoir si le dégâts ne seront pas supérieurs à la ressource, un bon débat démocratique en toute transparence et de l’information de la part des entreprises privées, et surtout quid de la friche industrielle une fois l’exploitation achevée dans trente ans ».

 

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