Catalogne

"Honte aux députés européens qui détournent le regard"

 Le 14 octobre 2019, la Cour suprême d’Espagne condamnait neuf dirigeants indépendantistes catalans à des peines allant de neuf à treize ans de prison et trois autres à des amendes pour leur rôle dans l’organisation d’un référendum d’autodétermination le 1er octobre 2017 et pour la proclamation, le 27 octobre, d’une déclaration d’indépendance votée par le parlement catalan. Parmi les condamnés, Carles Puigdemont et Oriol Junqueras députés européens. Le premier est en exil à Bruxelles avec un mandat d’arrêt international, le second en prison depuis deux ans. Devant le silence des parlementaires européens, Jean-Marc Desfilhes, ancien assistant parlementaire de José Bové et aujourd’hui de Benoit Biteau, sort de sa réserve et interpelle l’hémicycle de la démocratie européenne dans une lettre ouverte que nous publions ci-dessous.

Les condamnations sont tombées. Elles sont lourdes, lourdes comme le silence qui pèse sur un espoir que l'on bâillonne. La question n'est pas de savoir si vous êtes pour ou contre l'indépendance de la Catalogne. La question est beaucoup plus fondamentale. Combien de temps encore, députés européens, accepterez-vous de détourner le regard ? Combien de temps, encore, accepterez-vous que des hommes et des femmes passent des années en prison pour avoir organisé un vote ?

Je suis assistant parlementaire et je vous croise dans les couloirs du Parlement européen, à Strasbourg ou à Bruxelles. Vous avez l'air soucieux. Vous courrez dans les couloirs, le téléphone vissé à l'oreille. Mais où allez-vous ? Que faites-vous ?

Que vous soyez Suédois, Allemands, Belges, Bulgares, Français, Croates, Néerlandais, Britanniques, Finlandais, Espagnols, Italiens, Grecs, Chypriotes, Maltais, Belges, Tchèques, Roumains, Slovènes, Lithuaniens, Portugais, Danois, Finlandais, Autrichiens, Polonais, Hongrois, Irlandais, Luxembourgeois, Lettons, Estoniens, Slovaques, ce qui se déroule en Europe vous concernent. Chaque mois, vous votez des résolutions pour condamner à juste titre les violations des droits de l'Homme aux quatre coins de la planète. Vous n'avez pas le droit de détourner le regard et de rester silencieux lorsque des Européens, sont enfermés et condamnés à passer jusqu'à 13 ans dans une cellule pour avoir organisé un réferendum, un vote.

Vous ne pouvez pas vous taire lorsque des députées européens, élus comme vous au mois de mai, ne sont pas à vos côtés dans l'hémicycle parce qu'ils sont en prison ou en exil.

La situation à Barcelone et dans toute la Catalogne se dégrade. La violence prend le pas sur les manifestations pacifiques. Depuis que les condamnations sont tombées, les rues de la capitale catalane s'embrassent un peu plus chaque soir. Allez-vous attendre que l'irréparable surviennent ? Allez-vous attendre que le sang coule et que les armes déchirent le silence pour réagir ? Est-ce le bruit des bombes et des pleurs qui vous réveilleront ? Attendrez-vous que d'improbables casques bleus de l'ONU viennent s'interposer ?

Il y a quatre mois, vous alliez de meetings en meetings pour vous faire élire. Je vous ai donné le pouvoir d'agir en mon nom. J'ai glissé un bulletin dans l'urne et je ne vous vois pas vous dresser. Votre silence est coupable. Votre indifférence est contagieuse.

S'il y a un mort, un seul, tous ceux parmi vous qui ont détourné le regard en seront responsables.

 

 

 

 

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