Le côté lumineux et obscur de la représentation nationale

Ce mardi 23 juillet est à marquer d’une pierre dont je vous laisse trouver la couleur : noire comme le désespoir, rouge comme la colère, blanche comme le deuil…

Tout avait bien commencé, le matin, avec l’intervention, courte et efficace, de Greta Thunberg devant 170 députés à l’Assemblée nationale bien que le Rassemblement national (extrême-droite) et une partie de LR (droite)  aient boycotté le rendez-vous. Non sans humour, « vous n'êtes pas obligés de nous écouter, nous ne sommes que des enfants après tout » et pragmatique « unissez vous derrière la science » – la lycéenne suédoise a rappelé les élus nationaux à leur responsabilité et leur devoir dans la lutte contre le changement climatique. Avec 170 députés présents sur 577 on peut donc chiffrer (30,7%) la partie curieuse, éclairée, de la représentation nationale.

Tout s’est gâté l’après-midi avec le vote, par la même Assemblée nationale,  de la ratification de l’Accord économique et commercial global (AECG) plus connu sous le nom de CETA (Comprehensive economic and trade agreement) par 266 voix pour, 213 contre et 74 abstentions. Qui sont les député-e-s qui ont voté pour ce traité ? Dans leur immense majorité, des membres de la République en marche, du Modem et d’Agir (Les Républicains passés à Macron). Cette majorité relative (en valeur nette elle représente 46% du corps des députés) permet aujourd’hui de mettre des noms de personnes et de circonscriptions sur le côté obscur de l’Assemblée nationale. Le côté du vieux monde fossile, adepte de la croissance et du point de PIB à n’importe quel prix écologique et social. Un monde mourant qui veut entrainer le reste du monde dans sa tombe. La transparence de la République permet aujourd’hui de connaître les noms de celles et ceux qui profitant de l’été nous plantent le poignard climatique dans le dos. Il suffit de se rendre sur le site du quotidien Le Monde pour savoir si votre député a voté pour ou contre le CETA.

Devant un tel comportement, le citoyen est en droit de se demander ce qui structure mentalement de tel-les député-es. On rappellera que la négociation de ce traité se passa sous le règne de François Hollande, avec sa bénédiction. Ce n’est donc pas une question d’appartenance à la droite ou à la gauche. C’est une question de santé intellectuelle qui touche tous les partis. Rapports du GIEC, de l’ONU, de la FAO, de l’OMS, de l’OCDE, de l’INRA … aucun élu ne peut ignorer le cri d’alarme scientifique et l’urgence d’agir. Et je ne parle pas des films et émissions sur le sujet sur les chaînes parlementaires. Il y a donc 266 élu-e-s qui ne savent pas lire, pas écouter, pas réfléchir, idiots, cyniques ou simplement sous influence (rayer la mention inutile en fonction de la réalité dont vous avez connaissance) et 74 ventres mous, qui précipitent le pays de l’Accord de Paris du côté des fossoyeurs de la planète. Du côté des assassins de l’avenir des générations montantes.

Un fossile du Vieux monde

Le Ceta est un accord issu du Vieux monde, libéral comme communiste, celui qui a pollué la planète, bousillé la biodiversité et largement entamé les ressources naturelles. Le monde productiviste, extractiviste, autoritaire avec la nature comme avec les êtres humains. Un monde où une poignée d’individus se croyant plus malins que les autres dictent leur loi aux autres.  Un monde où on a cru enrayer les guerres avec du commerce. Cela a marché un demi-siècle en Europe, soit une poussière sur l’histoire du temps terrestre. On ne fera pas maintenant, ici,  le débat sur les vices de cet accord (destruction de l’élevage européen, renforcement de la finance internationale, failles démocratiques, ruines sociales, empreinte carbone etc…). Cet accord est un fossile d’une idéologie dépassée. Un fossile climaticide et écocide (les rapports d’experts abondent sur le sujet). Le chaos grandissant induit par le dérèglement climatique et la chute de la biodiversité nous conduit vers des affrontements guerriers.  Il y a déjà eu un mort en France pour le partage de l’eau, en 2014 à Sivens (Tarn). Il y a des dizaines de milliers de migrants climatiques gisant au fond de la Méditerranée. La sécheresse de cet été conduit à des restrictions d’eau dans 73 départements français. La colère des gilets jaunes – expression de la relégation provinciale par Paris – a été allumée par une mesure écologique non débattue, non comprise et socialement inacceptable. Et le CETA en rajoute une (grosse) couche. Ce n’est plus seulement de la bêtise, de l’obéissance godillot, de la compromission à la petite semaine ou de l’idéologie, c’est de l’irresponsabilité  qui dans les temps à venir pourrait ouvrir une Cour pénale internationale. Une petite lumière reste allumée au fond du couloir sombre de la macronie : le Sénat, qui doit lui aussi ratifier le Ceta avant la fin de l’année. Il est grand temps de pourrir les vacances, la rentrée et l’automne de vos sénateurs et sénatrices avec le sujet.

 

 

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