De l'humilité d'une promesse

 Le premier tour de scrutin de l’élection présidentielle a marginalisé les deux « partis de gouvernement » qui s’affrontaient traditionnellement au second tour depuis trente six ans. Près de la moitié du pays a fait entendre son immense colère, son immense misère, à travers le Front national et la France insoumise, deux partis basant chacun leur programme sur l’Etat-nation, version providence. L’autre moitié des électeurs-trices a favorisé un nouveau parti, En Marche, dont le programme tente d’accorder l’Etat-nation à la réalité des rapports de forces internationaux, au delà des clivages droite-gauche. Enfin, le parti libéral, Les Républicains, régresse, accroché aux dogmes qui soumettent peuples et pays aux lobbies économiques. Le second tour vient de voir triompher un néocentriste sur une néofasciste. Il y a bien quelque chose qui vient de changer au royaume de la République Vème du nom. Demeure la difficulté à engager l’Etat-nation dans une profonde mutation à même de porter la complexité du monde contemporain et à même de faire éclore au présent des réponses aux questions posées par le premier tour.

66,06%. La victoire présidentielle est nette et sans bavure comme on dit couramment, et on s’en réjouit. Le nouveau président de la République a pris soin de rappeler qu’il a entendu le message d’un pays morcelé en quatre blocs. Avec 48,23 % de votes pour des candidats porteurs d’une rupture politique fondamentale (26,92 % pour l’extrême-droite et 21,31% pour l’extrême-gauche), le premier tour de cette campagne présidentielle a montré que quelque chose avait changé dans la relation à la politique en France et il convient de s’y arrêter. Les commentateurs ont souligné la défaite historique des deux partis – libéral et social-démocrate – qui rythment depuis plus de 30 ans la vie politique de la Vème République. Pour expliquer l’expression de ce ras-le-bol aux allures de « haine du système », les commentateurs politiques y ont été de leur analyse. Certains insistent sur la géographie humaine et physique : le Nord longtemps socialiste et l’Est de la France particulièrement éprouvés par la récession industrielle rejoignent dans l’extrême-droite le Sud-Est dont le sentiment identitaire serait ravivé par les flux migratoires et la vallée de la Garonne, classée « zone fragile » dans l’Atlas des inégalités du démographe Hervé Le Bras.

Le vote d’extrême gauche semble surtout correspondre à la radicalisation des zones autrefois communistes (Bretagne des monts d’Arrée, Bourbonnais, Périgord, bassins miniers du Canigou, des Cévennes et de Lorraine, Haute-Vienne et les banlieues rouges du Havre, de Rouen, de Seine-Saint-Denis) et au ralliement de déçus des fiefs PS (Ardèche, Ariège, Aude, Landes).

D’autres cherchent les raisons de cette colère dans la relation ville-campagne : la première concentrerait une population ouverte au monde, généreuse et souriant à l’avenir,  la seconde une population sous cultivée et fonçant dans le repli, ce qui expliquerait que l’on y enregistre un fort taux de progression de l’extrême-droite. Mais où placer alors les jeunes diplômé-e-s ruraux votant pour la France insoumise ? 

De bonnes raisons de se révolter

Sans nier l’éclairage que peuvent apporter ces grilles de lecture du scrutin, il me semble qu’elles sont biaisées à la base. Si les citoyen-ne-s sont en colère, c’est d’abord parce que leurs conditions de vie, et en premier lieu leurs revenus, se sont dégradés; en second lieu que l’avenir de leurs enfants est non seulement incertain mais annoncé comme pire que le leur. Aucune société n'est apaisée si la moitié de la population craint pour l’avenir de ses enfants. Qui plus est, dans une société vieillissante, la perte de pouvoir d’achat des retraités aggrave le ressentiment contre le fonctionnement de cette société et contre ses représentants. Enfin, ce sont moins les agriculteurs qui ont voté Front national que les « périurbains » et citadins devenus ruraux par la grâce conjuguée des lotissements villageois (moins cher que de loger une famille en ville) et l’automobile permettant de rallier le lieu de travail. Un rêve de pavillon et de jardin. Ces périurbains ont été immédiatement impactés par la crise boursière de 2008 et ses conséquences mondiales. En effet, l’économie familiale de ces périurbains repose sur deux salaires, deux automobiles pour aller au travail et l’envie de vivre à la campagne comme on le fait en ville: il suffit alors qu’un des conjoints soit au chômage pour que la vie s’effondre (on ne peut plus rembourser l’emprunt de la maison, on vend une des deux voitures, on ne peut plus conduire les enfants à leurs différentes activités, ni même se présenter à une offre d’emploi, etc..) et on se sent abandonné par la société urbaine qui continue de prospérer autour de vous. Bref, on a la haine. La même que les manoeuvres et ouvriers précarisés depuis plus longtemps et dont  ces périurbains n’imaginaient pas un jour partager le sort. Notre société subit sans la comprendre une précarisation croissante, jusque là inconnue en temps de paix. Et dont les responsables sont bien souvent sans visage.

Le poison d’une promesse

Ces citoyen-ne-s sont à juste titre en colère : ils ont cru à la promesse de la République française. Une promesse de progrès social qui s’ancre dans Les Lumières, la Révolution et sa Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Une promesse qu’il a fallu entretenir au travers des obstacles politiques -Empire, Restauration, Monarchie de juillet, Second Empire, guerres- et qui s’est partiellement accomplie dans l’inféodation à la révolution industrielle.

Cette révolution a historiquement évolué par rupture technique : la vapeur, l’électricité, le pétrole et le gaz naturel, la pétrochimie et la chimie de synthèse, le nucléaire. Chaque rupture technique a restructuré le tissu industriel et le capitalisme tout en renouvelant l’imaginaire collectif du progrès, mais en le corsetant toujours dans la sphère technique.

Dès ses premiers pas, la révolution industrielle a revêtu les habits du progrès scientifique et s’est armée des outils intellectuels de la technique (mathématiques, rationalisme, dictature de la mesure, rapport au temps,  ) jusqu’à devenir le pivot central de la pensée du développement. Cette promesse, forgée dans le travail industriel, a façonné culturellement notre société : d’où que l’on soit, géographiquement et socialement, l’avenir ne pouvait qu’être meilleur. Politiquement, la traduction de cette promesse est passée par l’affrontement dynamique entre capital et travail, entre libéraux (au sens européen du terme) et sociaux-démocrates (au sens pré-léniniste du terme, entre 1848 et 1917). La frontière entre les deux passait par le curseur du partage de la plus-value et de la responsabilité entre les acteurs sociaux et le curseur de la régulation entre l’Etat et le marché. Cette approche du monde inlassablement mis en chiffres par des ingénieurs de tous poils a donné naissance au dogme de la croissance. Marxistes et capitalistes s’affrontaient sur ses bénéfices, mais pas sur la nature (et les limites) de la dynamique : libéraux et sociaux-démocrates sont les deux faces de la médaille productiviste. On connaît la suite, quasi mécanique : tout le monde a toujours voulu plus de tout. Les salariés plus de paie, les patrons plus d’argent. Une soif insatiable d’objets et de lutte contre le temps perdu à les produire. Et au moindre coût salarial. Cette dynamique n’a pu perdurer que par l’essor de l’individualisme et du consumérisme qui est sa concrétisation économique.

Cette dynamique de la révolution industrielle a accouché d’une construction politique : l’Etat-nation démocratique. Etat libéral ou Etat-providence, il s’est imposé avec l’industrialisation et les richesses qu’elle générait. On peut dire que l’Etat-nation est le fruit des rapports de forces entre le capital et le travail, l’espace de dialogue entre ces intérêts contradictoires. L’Etat-nation a fait du pouvoir central la chambre d’écho et de règlement de la révolution industrielle et de sa fille, la société de consommation.

Contournement et obsolescence de l’Etat-nation

Aujourd’hui, qu’est-ce qui provoque les crises à répétition ? Pourquoi les politiciens sont-ils dans l’impuissance à les résoudre ? Tout « simplement » parce que la donne économique et technique a changé et que la politique a encore recours aux analyses et outils forgés dans la situation précédente. Quelle est la situation ? Le capitalisme est en train de mourir, dévoré par la financiarisation, la virtualisation et une rupture biotechnologique sans précédent qui donne à celles et ceux qui la portent les moyens techniques et financiers d’anéantir l’économie existante. Il faut regarder en face la réalité : les avancées dans la connaissance et la manipulation du vivant et la révolution numérique sont à l’origine de fortunes - via des brevets et une industrialisation virtuelle de la connaissance - qui ridiculisent le capitalisme fondé sur le travail salarié et la plus-value. Il n’est de voir les quinze premières places du classement des fortunes mondiales quadrillé par neuf personnalités du numérique, de la vente en ligne ou de la finance pour s’en convaincre. Quant à l’avenir sur ce versant des fortunes rapides, la réponse est dans la performance de 30 à 38 % des fonds d’investissement dans les biotechnologies aux Etats-Unis et en Europe.

Après la Chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre impérialiste Est-Ouest, la fièvre commerciale a débordé le cadre des pays et laissé les politiciens dans leur cour de récréation, l’Etat-nation. Incapables de penser la situation nouvelle – un marché mondial dans tous les domaines de l’économie et de la finance – les politiciens ont perdu le pouvoir de réguler l’économie en fonction des désirs et besoins de la société qu’ils représentaient. Pire, ils ont fait croire aux citoyens qu’ils avaient toujours le pouvoir de régler les intérêts contradictoires de l’économie et de la société. D’où les colères extrémistes, la méfiance à l’égard des partis traditionnels et d’un « front républicain ».

Scène mondiale

La nature ayant horreur du vide, la voie étant libre, les boursicoteurs ont gagné en puissance et en vitesse de propagation. En puissance en financiarisant toute l’activité économique : une entreprise de production matérielle compte autant sur ses actifs financiers, voire plus, que sur ses plus-values. Pire, tel un virus, la financiarisation s’est répandue dans le social avec les retraites adossées à des fonds de placement et dans l’économie domestique via les plans d’épargne en actions. L’argent a cancérisé toute la société, toutes les couches sociales. Aujourd’hui, un comité de grève n’a plus de patron en face de lui pour négocier « d’homme à homme » mais un sombre pantin représentant un fond de pension. Enfin, la révolution numérique permet une vitesse de spéculation de l’ordre de la milliseconde, ce qui accroit la manipulation mondiale des cours par les effets d’annonce. Là encore, la logique technique a imposé la révolution numérique au nom du progrès, avant que l’on y réfléchisse.

Dernière étape en date de l’autodestruction du capitalisme par sa propre logique technique de développement (en l’occurrence la soumission de la science à des productions techniques rentables): la rupture biotechnologique et nanotechnologique. En bref, premièrement l’industrialisation de la génétique (le séquençage de l’ADN, sa segmentation, sa manipulation) et des cellules souches brise le tabou de l’inviolabilité du vivant. La révolution industrielle épuisait les ressources naturelles, la révolution biotechnologique plie le vivant à ses désirs. On passe du rapport minier au rapport démiurgique sans aucune réflexion éthique (si la Bourse en avait, ça se saurait), ni écologique (pour mémoire, aucun manipulateur de génome d’une plante n’est botaniste et donc ignore les répercussion de ses bricolages sur l’espèce et sur l’écosystème). Deuxièmement, la possibilité de fabriquer des nano-véhicules, permettant de franchir la barrière des cellules, laisse présager le meilleur comme le pire (guérison de maladie mais aussi lobotomisation) et mobilise déjà beaucoup d’argent. Troisièmement, les deux premiers points évoqués ne sont efficients qu’avec les outils électroniques et numériques.  Le tout concoure aujourd’hui à la mise au point d’intelligences artificielles et à la transhumanisation.  A terme, cela veut dire d’une part la multiplication des robots (pourquoi pas, encore faut-il penser politiquement leur place et non leurs droits, comme certains poussent  à le faire), d’autre part cela ouvre la porte à la spéciation de l’être humain (les modifications génétiques pouvant créer des « surhommes » ne se reproduisant pas avec les êtres humains). Cette rupture technique est un mouvement de fond mondial dont la régulation est impossible à résoudre à l’échelle de l’Etat-nation.

Rattrapés par le réel

La rapacité des industries minières, l’exploitation jusqu’à l’épuisement des terres arables, les pollutions de l’air, de l’eau, des sols, la chute vertigineuse de la biodiversité sauvage et domestique, l’artificialisation des sols, les émissions de gaz à effet de serre nous ont amenés dans une double crise écologique et climatique qui va croissant, provoquant famines, guerres et migrations de populations. Le problème est mondial, les solutions aussi, mais elles ne peuvent être mises en œuvre que dans la réalité : foin du virtuel et du biotech, c’est sur le terrain local et régional que la transition écologique s’invente avec tout le monde et plutôt low tech. A ce chapitre, l’Etat-nation, on le voit dans les sommets internationaux, est à la fois un lieu de passage diplomatique obligé et un frein à l’essor des solutions, d’où l’émergence internationale des coalitions d’acteurs non étatiques (villes et collectivités locales, gouvernements locaux, ONG) fondées sur le volontarisme sur des objectifs climatiques ou/et écologiques précis.

Un imaginaire en miettes

Pour résumer la situation à grands traits : sous pression de ruptures technologiques, grosses de ruptures éthiques aux conséquences mal évaluées, nous sommes dans une phase cruciale de mutation économique dont les conséquences sociales se font déjà sentir : l’être humain n’est plus au centre du processus de production, il ne fait plus partie de la production de bénéfices mais est comptabilisé comme un obstacle, un coût qu’il faut marginaliser. Les délocalisations et les travailleurs détachés, les avantages comparatifs et les distorsions de concurrence, ne sont que des batailles d’étapes d’une logique qui mène à la disparition du travail. Sauf à pouvoir enrayer le phénomène, à casser les machines, à « détruire le virtuel », on ne peut plus penser l’avenir de la société en le basant sur le travail, qu’il soit salarié ou auto-entrepreneurial.

La financiarisation de toute l’économie rend tout le monde coupable : à des degrés divers, chacun est un rouage de cette logique et ne sait pas s’en extraire. Qui refuse un compte en banque, une carte de crédit, le recours à l’emprunt ?

Par l’ampleur de leurs causes et celle de leurs conséquences, les alertes climatiques et écologiques atomisent les individus dans leur impuissance et le syndrome «  après nous le déluge ».

Enfin, le numérique et le virtuel ont multiplié au niveau mondial les sources d’information, de propagande et de désinformation. Leur conception et leur production est faite pour des individus seuls devant leur écran. Les outils robotisés de livraison de ces informations détectent les goûts – culturels, politiques, sportifs – de chaque lecteur. Ce « perfectionnement » totalitaire de la marchandisation de l’information concourt à morceler l’imaginaire, à effacer les références et valeurs de l’appropriation collective et critique de l’information, au profit de comportements communautaristes où l’on s’abonne à des flux et réseaux virtuels, dits sociaux, qui confortent chaque ego dans sa confrontation douloureuse au monde. On s’animalise ainsi sur des territoires virtuels, dont on ne s’extirpe que pour voter sa haine des autres.

Quel politicien, quel parti politique a osé une réflexion stratégique sur la mort du couple capitalisme/socialisme ? Sur la disparition d’interlocuteurs réels dans les conflits sociaux ? Sur une société sans travail qui ne soit pas une disneylandisation ? Sur un développement culturel qui ne soit pas centré le développement personnel ? Sur une refonte des relations ville-campagne reconsidérant l’ineptie de la logique des mégalopoles ? Sur la démographie et l’accès aux ressources naturelles ? Sur le nombre de conflits guerriers désamorcés par la fin historique de l’Etat-nation ? Sur le devenir de l’être humain face aux possibilités de son « augmentation biotechnologique » et face aux robots ? Aucune personne, aucune organisation n’est encore capable d’avoir une représentation politique du système collectif capable de porter et de résoudre ces contradictions dans la paix et le sens des biens communs. Et pas un politicien, de quelque parti qu’il soit, n’ose le dire. Or le dire, c’est prendre un vrai rendez-vous politique avec la société.

Humilité

Cette élection présidentielle révèle le vécu de la société française, la perception de sa difficulté à vivre et à imaginer l’avenir. Ses colères légitimes et, au final, sa dignité républicaine. La représentation politique de la situation nouvelle, que je viens de décrire longuement, n’est pas encore advenue ; le politique nait dans le mouvement social et la façon dont il transforme ses modes de représentation et de gouvernance, tempéré par les autres forces de la société. Des solutions alternatives existent, expérimentées au niveau local, en France et dans le monde. La politique traditionnelle –celle qui vient d’être balayée par ces élections - ne s’en empare pas pour changer de vision. Tout au plus, les politiciens les acceptent-t-ils comme ils vont au marché : pour asseoir leur position locale. Accrochés aux « fondamentaux de la croissance » et aux « tableaux de bords de la Banque mondiale » comme un asthmatique à son oxygène, libéraux et sociaux-démocrates sont incapables de changer de mode de raisonnement. Le politique bloque le changement d’échelle des réussites alternatives.

Laissons de côté l’illusion libérale. qui s’épuise dans la dérégulation et la seule gouvernance des plus forts. La social-démocratie est basée sur la délégation, les corps intermédiaires et la médiation : cela fonctionne correctement quand l’Etat-nation est le cadre des contradictions. Ce n’est plus le cas. Quand il y avait blocage ou lobbying, le système pouvait encore faire illusion tant que la majorité de la population n’avait que le certificat d’études et que l’on s’en remettait à l’élu pour toute explication. Ce n’est plus le cas à l’heure du baccalauréat et d’internet. Toutes les données de la problématique sociale et politique ont changé… sauf les politiciens. Extrémistes compris, car Front National comme France insoumise vantent l’Etat-nation comme horizon indépassable du progrès qu’ils proposent.

Contrairement à ce que Daniel Perron laisse entendre dans sa très intéressante analyse du premier tour de scrutin, à mes yeux, il est inutile de gaspiller de l’énergie à vouloir rénover ou refonder la social-démocratie : elle meurt avec ses géniteurs que sont le capitalisme et le socialisme. Elle s’éteint avec le productivisme et l’Etat-nation. Cela ne veut pas dire que les principes humanistes, dont elle se réclame et qu’elle a souvent défendus, ne sont pas à garder au centre des réflexions à mener. Mais il faut aussi se souvenir que l’humanisme s’est philosophiquement et historiquement fourvoyé en considérant le  monde à partir de la seule relation subjective, égotique, de l’être humain, plutôt masculin, plutôt seul maître de son destin et résolument supérieur à la nature. Postulat « scientifique » qui a ruiné écologiquement la planète et servi de carburant intellectuel à la révolution industrielle, à l’agonie aujourd’hui. L’humanisme a sa part de responsabilité dans l’échec occidental, il faut avoir le courage de l’admettre. Il faut aussi identifier les méthodes de pensée qu’un tel axiome a induit, pour s’en vacciner. Manifestement, à voir leur ralliement aux « leviers de marchandisation des services rendus par la nature », les sociaux-démocrates demeurent sous l’emprise de la logique technique (cartésienne et juridique) pour appréhender la réalité. Or, comme je viens de le rappeler, la réalité est complexe et les activités humaines ne sont pas réductibles à la pensée d’ingénieur, à la modélisation et à l’infaillibilité du binaire. Inventer l’avenir réclame de briser la vieille matrice de réflexion. C’est la rupture libératrice que l’on peut souhaiter. Celle qui favorisera les approches holistiques, seules capables de rendre à l’être humain ses multiples liens au monde et ses facultés d’épanouissement individuel et social. Puisse l’humilité affichée du nouveau président de la République porter cette ambition.

 

 

 

 

 

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Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL