Macha Gharibian
Photo Richard Schroeder
Photo Richard Schroeder

« Trans Extended »

Elles sont peu nombreuses les pianistes et compositrices de jazz françaises. On connait Sophia Domancich et Perrine Mansuy. Il faut compter désormais avec Macha Gharibian. Tout comme ses deux ainées, Macha Gharibian a fait des études de piano classique. Elle obtient son diplôme de l’Ecole Normale de Musique de Paris, avant de s’initier au jazz.

C’est en prenant des cours à la School for Improvisational Music de New York en 2005, dirigé par le trompettiste Ralph Allessi, qu’elle rencontre de nombreux musiciens de la scène new-yorkaise comme Uri Caine, Ravi Coltrane, Jason Moran, Jim Black, Steve Coleman. A leurs côtés, elle découvre de nouveaux territoires musicaux.

« Chacun de ces musiciens a créé son identité musicale sur le terreau de la tradition jazz. Cela m’a donné envie de développer mon écriture, mon style. J’ai appris à jouer en gardant ma propre personnalité en improvisant librement au piano. Il m’a fallu plusieurs années pour enregistrer mon premier album et proposer une musique qui soit ma musique. » Avoue-t-elle.

Macha est la fille de Dan Gharibian, guitariste chanteur de l’ex groupe Bratsch et de l’actuel groupe Papiers d’Arménie dans lequel Macha chante. Issue de la diaspora arménienne, elle a baigné depuis son enfance dans cette musique traditionnelle et sacrée et dans les rythmes tziganes. On perçoit dans ses compositions cette influence.

Son premier disque « Mars », sorti en 2013, salué par le public et la critique était déjà empreint de ces sonorités. On les retrouvent dans « Trans Extended », son deuxième album, sorti en octobre 2016. Le projet de cet opus a émergé en 2015 au moment de l’anniversaire du centenaire du génocide arménien. Macha Gharibian voulait rendre hommage à ses arrières grands-parents arrivés en France en 1920 et rescapés de cet évènement tragique. Cet album est non seulement celui de l’exil mais aussi celui de la transmission familiale et de la transmission entre musiciens où chacun amène son souffle et son histoire. 

En concert, Macha Gharibian joue en trio. Elle est accompagnée à la batterie par Dré Pallemaerts et à la contrebasse par Matyas Szandaï. Ce style de formation est un véritable challenge pour la pianiste au toucher délicat. Elle veut l’explorer comme l’ont fait avant elle les trios célèbres de Keith Jarrett, Oscar Peterson, Bill Evans ou Brad Mehldau. A ce triangle d’or du jazz : piano, basse, batterie, l’artiste ajoute un quatrième instrument : sa voix. Une voix claire qui illumine ses compositions avec élégance et grâce. Les compositions de Trans Extended ont des couleurs jazz pop folk issues d’un vagabondage de Paris à New-York en passant par Erevan.

Le trio joue tous les lundis à La Gare dans le 19èmearrondissement à Paris jusqu’à la fin du mois de juin. Ils captent l’attention du public dans un voyage musical entre Orient et Occident avec les morceaux de l’album « Trans Extended » et des reprises du folklore arménien et celle étonnante de Paul Simon « 50 Ways to Leave Your Lover ». Un beau moment de partage et de transmission.

Entre la musique classique, les sonorités d’Europe de l’Est et les variations jazzy, Macha Gharibian utilise ces influences musicales en guise de condiments. 

« C’est une grande cuisine. Je choisis les ingrédients comme si je faisais à manger. Il y a des influences inconscientes, innés dans ma musique qui me viennent de façon spontanée et il y a les influences qui sont d’ordre de la lignée dans une tradition musicale avec une écriture classique dans laquelle j’apporte ma touche jazz. »

Cet été le trio jouera dans plusieurs festivals de jazz dont celui d’Antibes Juan-les-Pins et Marciac. Si vous voulez goûter à cette cuisine musicale subtile, épicée juste ce qu’il faut, n’hésitez pas. Vous serez bien servi.

Concerts du Macha Gharibian Trio :

  • 28 juin - Festival Jazzpote de Thionville (57)
  • 6 juillet – Festival des cinq continents de Marseille (13)
  • 22 juillet – Jazz à Juan à Antibes Juan les Pins (06)
  • 6 août – Jazz in Marciac (32)
  • 11 août – Festival les nuits de Querbes à Asprières (12)
  • 13 septembre – Le Chaînon manquant à Laval (53)
  • 2 octobre – Scène nationale à Saint Quentin enYvelines (78) 

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