Ossip Lubitch

Né le 6 décembre 1896 à Grodno (dans l'Empire russe, aujourd'hui en Biélorussie), décédé le 27 novembre 1990 à Paris, Ossip Lubitch est un artiste peintre, de l'École de Paris, qui participa à la grande époque du Montparnasse artistique de l'entre-deux-guerres. La galerie Les Montparnos lui consacre une exposition qui souligne la délicatesse avec laquelle l'artiste pose son regard regard sur les arts. Des toiles de collections privées, rarement vues, voire oubliées, que le galeriste à mis deux ans à réunir. Une (re)découverte et un réel évènement.

Ossip Lubitch… Le nom est familier. On l’entend comme celui d’un lointain cousin qui fait partie de la famille mais dont on ne se souvient plus. Ossip Lubitch… Montparnasse, l’entre-deux-guerres, oui, c’est là que le nom me revient. Et puis il y avait eu ce tableau qu’on avait vu, ces autres noms qui viennent naturellement à l’esprit lorsque l’on prononce le sien, Soutine, Krémègne, Indenbaum… Et puis un jour chez un ami, ce portrait de femme, et une vue de Paris, les quais de Seine, un pont, deux huiles, pleines de force retenue et toute de sensibilité de tons, avec au bas de chacune, bien visible, cette signature : Lubitch… Découvrir son œuvre, entrer dans son atelier, c’est d’abord éprouver le monde comme une scène merveilleusement animée. La réalité est filtrée par tout un univers de personnages appartenant aux arts de la musique et du spectacle. Le peintre n’a-t-il pas quitté son pays, sa famille, pour les lumières de Paris ? Il arrivera à la croisée des routes, aux rues du Carrefour Vavin des années 20, dans ces nuits bruissant d’extravagances. C’est une fête, un excès prolifique et joyeux, née des tranchées, qui découpe sans mesure les heures illuminées en tranches d’éternité. C’est le Montparnasse des arts réunissant le monde entier autour de la création sous toutes ses formes, pour l’esprit et la liberté. Un tournoiement de peinture, de musique, de littérature, de danse, de cirque, de théâtre, ou de sculpture… Les bals et cafés, les rencontres simples, l’ivresse à se rire des ombres passées et à venir. Une farandole entre deux guerres, la comédie jouée entre deux tragédies. Ce Paris allait être pour le jeune Ossip Lubitch l’occasion d’une mise en scène, celle du grand spectacle de l’humain. Dans l’atelier de la rue d’Odessa on surprend la pose d’une danseuse, le ballet des clowns, des jongleurs et des acrobates sous le chapiteau du cirque, une péniche qui passe sous les ponts de Paris et le paysage lointain de la Russie de son enfance. Cette enfance c’était la musique, le violon, la guitare et la clarinette.

Une peinture qui résiste à la nuit

D’un tempérament réservé, mais espiègle et farceur, c’est avec une précise lucidité qu’il dépeint le monde tout en intériorité et délicatesse. De ses visites au zoo à regarder les singes et les ours du jardin d’acclimatation, il préservera toujours une âme d’enfant. Sa palette exprime une douceur de vivre. C’est une Arcadie de couleurs, les tons que le peintre emploie sont apposés avec tendresse. Une œuvre sans violence. Les touches et aplats de lueurs pâles rendent aux éclats leur accalmie. Ces verts se mêlent de-ci de-là aux petites notes de rouges vifs. Jaunes paisibles et roses que découvre le soleil, ombres mauves sous un clair ciel bleu. Une peinture qui résiste à la nuit ; c’est une aube ou un crépuscule qui durent. Une lumière atténuée, étudiée, qui se dépose formant un halo et enlace discrètement les contours de l’être et des choses.

Une pudeur et une retenue domptent l’agitation extérieure et mettent à distance les faux-semblants révélant ainsi toute la secrète profondeur du peintre. Ossip Lubitch, il y a tant de couleurs et de formes sur cet habit d’Arlequin. Le tableau doit-il être une bonne humeur ? Or nous le savons un peu, la peinture n’est pas une histoire, c’est autre chose, d’une nature intraduisible, une parole suspendue telle une image bien plus qu’un langage peut-être. Une présence silencieuse qui par l’intermédiaire des sujets les plus ordinaires dit sans mot quelque autre manière de voir. Cette force muette qui nous ramène à notre propre perplexité de spectateur face au mystère. Le tableau est silence. Ut pictura poesis, la peinture est une poésie. A sentir parfois d’une toile cet à-peine tracé comme lavis d’un pas à pas de la vie du peintre.

Ossip Lubitch ©DR

L'art comme une espérance

Une enfance à Grodno de petit garçon élevé dans la tradition juive, sur fond de tension d’un monde qui change, et l’art ouvrant la fenêtre sur un univers intérieur sans limite. Une vie enrichie d’échanges artistiques avec ses amis de l’Ecole de Paris. Avec les peintres Krémègne, Pavel Tchelitchev, Jean Pougny, Georges Rouault, Vladimir Naiditch, Lazare Volovick ou les sculpteurs Antoine Bourdelle ou Léon Indenbaum… Une œuvre si personnelle où chaque tableau est un regard sur les arts, du cirque à la danse, de la musique au théâtre, de la sculpture à la nature, de la Russie à Paris. La peinture d’Ossip Lubitch comme la tentative poétique de réunir tous les arts autour du merveilleux dans cette surface peinte qu’on appelle le tableau. Comme une espérance pleine de clarté capable à elle seule de vaincre les noirceurs du monde. Peintre faussement tranquille, un invisible sourire au coin des lèvres, quel bonheur offert en ses œuvres d’harmonie et de lumière. Posé sur un guéridon, un vase, une fleur, un marbre à l’antique et un masque. Le peintre est un personnage jouant le rôle de la peinture.

Ossip Lubitch, exposition jusqu'au 9 mai 2018, galerie Les Montparnos, 5 Rue Stanislas, 75006 Paris.

 

 

 

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